CultureMonde

Peut-on vraiment se débarrasser de nos préjugés? [La France «trashy» 4/4]

Anaïs Bordages, mis à jour le 28.11.2013 à 16 h 04

Un débat franco-américain sur les différences entre nos deux cultures. Quatrième et dernier épisode: même en voyageant et en s'éduquant, il est difficile de ne pas avoir d'idées reçues.

Un bateau mouche à Paris. REUTERS/Benoit Tessier

Un bateau mouche à Paris. REUTERS/Benoit Tessier

En octobre dernier, «21 Embarrassing Reasons Why French People Are Way Trashier Than Americans», un article américain sur la culture «trashy» des Français, a provoqué des réactions très violentes sur Internet.

Chelsea Fagan, son auteure, mène une discussion transatlantique sur le sujet, en français dans le texte, avec une journaliste française, Anaïs Bordages.

De: Anaïs Bordages
A: Chelsea Fagan

Re: Les Américains ne connaissent rien à la France

Chère Chelsea,

Tu as tout à fait raison: les Etats-Unis ne sont pas autant exposés à la culture française que nous le sommes à la culture américaine, et c’est peut-être de là que vient la démesure de vos clichés. Cependant, n’accable pas trop tes compatriotes. Chez nous aussi, beaucoup préfèrent se cantonner aux stéréotypes –c’est beaucoup plus facile que de s’embêter à découvrir un pays dans toutes ses contradictions.

Quand je suis rentrée en France après avoir passé un an à Austin, la capitale du Texas, on ne me parlait que de ranchs, de peine de mort et de gros steaks. Peu importe qu’Austin soit l’une des villes américaines les plus libérales et avec une des concentrations de hippies la plus forte du pays. Tout ce qu’on me demandait, c’est comment j’avais pu survivre au milieu de tous ces consanguins, et si j’avais vu des cowboys –j’ai vu un homme sur un cheval, je ne sais pas si ça compte.

De même, que ce soit à Austin ou à New York, j’ai été surprise par le nombre de Français qui avaient choisi de vivre, manger et faire la fête uniquement entre Français, à tel point qu’en six mois ou un an, ils ne s’étaient pas fait un seul ami américain. Preuve que nous aussi, parfois, nous nous complaisons dans la posture du «touriste de longue durée» que tu as si bien décrite.

Preuve aussi que même en voyageant, et même en étant inondé de cultures étrangères, il est évidemment impossible de se débarrasser de toutes nos idées reçues. Notre identité, et la perception que nous avons d’un autre pays, restent malgré tout façonnées par le pays dans lequel nous avons grandi: je ne me suis jamais sentie plus Française que lorsque je vivais aux Etats-Unis, et j’imagine que tu as ressenti la même chose lorsque tu as vécu en France.

Tu parlais des «Américains à Paris» qui, dans leurs blogs ou leurs articles, ne font que perpétuer des idées reçues. Cet été, ma collègue Cécile Dehesdin a consacré un article à ce sujet, plus précisément à la vision que les Américains ont de Paris. Elle parlait en particulier de Ta-Nehisi Coates, un journaliste de The Atlantic qui relatait ses huit semaines de vacances dans la capitale:

«T-N Coates évoque son quotidien, nos géniales (?) pharmacies, le poulet rôti et les pommes de terre qui lui donnent une intoxication alimentaire, ses cours de français où la prof ne ralentit pas pour lui... Mais il parle de Paris sans vraiment parler de Paris, ou plutôt pas de notre Paris. (...) On y apprend finalement beaucoup plus de choses sur les Etats-Unis que sur la France.»

Ton article, lui, voulait donner une image plus vraie de notre pays, moins idyllique. En ce sens, il nous en apprend lui aussi moins sur la France que sur la façon dont les Américains nous perçoivent. Quant aux réactions que l’article a suscitées, même les plus violentes, elles nous auront au moins offert un témoignage saisissant de l’idée, très sérieuse, que la France se fait d’elle-même. 

Anaïs

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