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Cinq espèces que vous pensiez en voie de disparition, mais en fait non (dont l'ours polaire)

Cinq mythes tenaces.

Zoo de St-Felicien au Québec, en 2008 REUTERS/Mathieu Belanger

La baleine à bosse. Certains cétacés courent un grand danger. Il ne reste que quelques représentants de l’espèce du dauphin de Chine. La baleine franche pourrait bien disparaître avant la fin de ce siècle. Pourtant, on a répété le mantra «sauvez les baleines» pendant si longtemps qu’on a oublié de regarder les véritables chiffres de la protection des baleines.

La baleine à bosse était menacée il y a quelques dizaines d’années, alors qu’elle était encore chassée. Mais la protection internationale lui a permis de s’en remettre, si bien qu’elle est maintenant considérée comme une espèce de «préoccupation mineure».

Avant la chasse, on estimait sa population à environ 125.000 individus, contre 80.000 de nos jours. Les efforts déployés pour sa conservation ont fonctionné, et la baleine à bosse se porte plutôt pas mal.

Des baleines à bosse / Wikimedia Commons

La mante, maintenant! Un mythe populaire qui a circulé voudrait que la mante ait été en voie de disparition depuis les années 1950 et qu’il soit illégal de la tuer. Alors bien sûr, ce serait vraiment dommage de tuer une créature aussi inoffensive et utile: les mantes mangent les insectes que nous considérons nuisibles. Mais cette croyance populaire n’a rien de vrai: les mantes ne sont pas plus rares qu’elles ne sont protégées. Il existe plus de vingt espèces différentes de mantes en Amérique du Nord, et aucune d’elle n’est menacée.

Une mante religieuse / Wikimedia Commons

Passons à la panthère nébuleuse. C’est le plus petit membre du groupe des grands félins. Une sous-espèce de panthère nébuleuse s’est éteinte à Taïwan au XXe siècle, mais rien n’indique que sa population globale est sur le déclin.

Une panthère nébuleuse du zoo de San Diego / Wikimedia Commons

On connaît bien peu la panthère nébuleuse par rapport à ce qu’on sait des autres grands félins. Il n’y a aucun projet de recherche ou de conservation à gros budget qui est consacré à son étude. C’est ce manque d’information qui a conduit certaines organisations à lui coller l’étiquette d’espèce «menacée».

On a toujours trouvé cette panthère dans les mêmes zones géographiques que le tigre (qui lui est véritablement en danger). Toutefois, elle n’a pas été sujette aux mêmes menaces que celles que le tigre a connues: son corps n’a pas autant de valeur en médecine traditionnelle; elle préfère s’attaquer à des petites proies plutôt qu’au bétail, donc elle rentre rarement en conflit avec l’homme, à qui elle ne s’attaque jamais.

La panthère nébuleuse est également bien plus difficile à trouver et à chasser que le tigre. Tandis que le nombre de tigres diminue tristement, celui des panthères nébuleuses pourrait bien augmenter en l’absence d’un prédateur habitué à tuer ses concurrents de plus petite taille.

En Thaïlande et en Inde, la déforestation pourrait être problématique pour la panthère nébuleuse. Mais on la trouve dans au moins six pays et on peut estimer son nombre, en comptant ses deux espèces et plusieurs sous-espèces, quelque part entre 8.000 et 20.000 individus. Sans plus de preuve d’une diminution dans ces nombres, c’est s’avancer que de dire que ce félin est «menacé». Mais en attendant d’en apprendre plus sur son compte, il est sage de le placer sous protection juridique.

Le dragon de Komodo. Dans la culture populaire, ce dragon est souvent représenté comme au bord de l’extinction, tout comme dans le film Premiers pas dans la mafia, avec Marlon Brando et Matthew Broderick, ou dans le livre de Douglas Adams, Last Chance to See. Quand on y regarde de plus près, on ne peut pas vraiment dire que cette affirmation se tient.

Un dragon de Komodo / Wikimedia Commons

On trouve aujourd’hui près de 5.000 dragons de Komodo dans la nature, répartis sur plusieurs îles. Depuis la première description de l’espèce par des scientifiques occidentaux en 1910, le nombre de dragons est probablement toujours resté entre 3.000 et 8.000 individus. En effet, vu la taille des îles sur lesquelles on les trouve, il serait difficile de voir leur nombre augmenter davantage. C’est pourquoi la population actuelle des dragons est sûrement de taille normale pour eux.

Toutefois, il est vrai que les dragons doivent faire face à des menaces sur le long terme. Les hommes avec qui ils partagent leurs îles sont de véritables concurrents puisqu’ils chassent le même type de grand gibier. Mais un parc de taille importante les protège, et les touristes en quête de dragon fournissent une motivation économique suffisante aux habitants des îles pour préserver l’espèce.

L’ours polaire. Une photo emblématique d’un ours polaire perché sur un bout de glace qui s’est détaché de la banquise a répandu l’idée que les ours polaires sont en voie d’extinction à cause du réchauffement climatique.

Un ours polaire / Wikimedia Commons

Mais les scientifiques ne sont pas forcément d’accord avec ça. Il existe 19 sous-populations d’ours polaires et huit d’entre elles sont sur le déclin. L’augmentation des températures et la réduction des glaces signifient que moins d’ours polaires peuvent survivre que dans le passé, mais il en reste bien assez pour assurer la conservation de l’espèce.

On trouve actuellement près de 25.000 ours polaires dans le monde. Dans les années 1970, l’espèce comptait entre 5.000 et 10.000 individus. Leur retour est dû en partie au traité de 1975 qui a régulé leur chasse. L’Union internationale pour la conservation de la nature prédit que leur nombre va diminuer de 35% ou plus d’ici 2053, principalement à cause du réchauffement climatique. C’est une chute impressionnante, mais la population d’ours polaires sera toujours plus importante qu’auparavant.

Des études ADN ont montré que les ours polaires constituent une espèce propre depuis environ 600.000 ans. Ils ont survécu à de nombreuses périodes chaudes ou froides de l’histoire de la Terre, et ils n’ont pas disparu, même quand il n’y avait plus aucune glace. Les ours polaires se sont également accouplés avec des ours bruns pendant ces périodes où ils devaient s’aventurer dans les terres pour chercher de la nourriture, plutôt que de se contenter des phoques, qu’ils préfèrent de nos jours. Alors l’ours polaire n’est pas près de disparaître, n’en déplaise à l’hybridation ou au réchauffement de la planète.

Jackson Landers

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers

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