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JFK, un dernier jour passionnant

Hervé Bentégeat, mis à jour le 20.11.2013 à 15 h 09

Dans un récit haletant, François Forestier donne quelques clés… surprenantes.

JFK et Jackie Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dalas. REUTERS

JFK et Jackie Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dalas. REUTERS

Vous voulez savoir qui a tué John Fitzgerald Kennedy, assassiné de deux balles le 22 novembre 1963 à 12h30 à Dallas? Alors lisez JFK, le dernier jour de François Forestier (Albin Michel).

Bien qu’on en connaisse la fin, le récit de cette journée fatale est haletant. On suit pas à pas, heure par heure, minute par minute, l’emploi du temps des protagonistes. Les têtes d’affiche: JFK, bien sûr, mais aussi Jackie Kennedy, Lyndon Johnson (vice-président), Robert Kennedy (ministre de la Justice), Edgar Hoover (directeur du FBI), Rose Kennedy (la mère), Richard Nixon, Nikita Khrouchtchev, Fidel Castro, les mafieux Carlos Marcello et Santo Trafficante... Les acteurs: Lee Harvey Oswald et Jack Ruby. Les témoins et enquêteurs: Abraham Zapruder, qui était là avec sa caméra, et dont le film fera le tour du monde; Bill Greer, le chauffeur du président; Clint Hill, membre du Secret Service, chargé de la protection de JFK; Charles Carrico, le chirurgien qui essaiera en vain de le sauver; le père Oscar Huber, qui lui donnera l’extrême-onction; l’agent de police Tippit, qui disparaîtra mystérieusement...

Forestier, qui connaît le cinéma américain du bout des doigts, a bâti son récit comme un scénario. Sans fioriture. Ça va vite. Il y a, dans sa manière, quelque chose de James Ellroy. On saute d’un personnage à l’autre, d’une scène à l’autre, dans un enchaînement implacable et mortel. Il brosse des portraits au vitriol, dont certains sont édifiants. Ainsi celui de Lyndon Johnson, alcoolique, obsédé, violent, menteur, corrompu, cynique, grossier:

«Le petit Lyndon a été élevé dans la religion, la pauvreté et l’odeur de bourbon. Il en a conçu un certain dédain pour la première, un dégoût total pour la deuxième, et un amour immodéré pour le troisième... La nuit, il dialogue parfois avec l’Esprit saint, qui le réveille pour lui dicter des décisions politiques. Le jour, il picole, drague et triche... Son pénis –qu’il nomme “Jumbo”, du nom de l’éléphant de Barnum en 1882, célèbre pour la taille de sa trompe– est son argument favori. Quand on lui demande: “Pourquoi sommes-nous au Vietnam”, il se contente de l’exhiber en disant: “Pour ça.” Il donne des interviews assis sur les toilettes, dicte des lettres pendant qu’on lui fait un lavement, et, quand on s’attire son attention sur les commandes de l’armée, il s’assure que les pantalons ménagent assez de place “pour les couilles des boys”. Il se cure le nez en conférence, rote à table, fait pleurer ses secrétaires, boit du Cutty Sark au litre...»

Bref, un poète.

Forestier a lu tous les livres consacrés à l’affaire –il y en a plus de 2.000... Il connaît toutes les thèses par cœur: c’est le FBI, la CIA, Castro, les soviétiques, les pétroliers texans, Johnson, le complexe militaro-industriel, la mafia, l’extrême droite, un tireur isolé, etc. Il n’impose pas une énième thèse, n’affirme rien, ne démontre rien. Mais en se contentant de décrire l’emploi du temps des uns et des autres, les anomalies de cette journée et les réactions de certains, petit à petit quelque chose comme une vérité s’impose.

Un monstre littéraire

Son «JFK» est une belle galerie de monstres, qu’il observe d’un œil goguenard, et, parfois même, attendri. Il y a chez lui un goût pour la canaille qui lui fait écrire ses meilleures pages. Comme il le dit lui-même, il s’est aperçu qu’il «n’écrivait bien que sur les gens qu’il détestait. Du coup, le champ d’inspiration est vaste, le malfaisant étant répandu. Il y a du pain sur la planche».

Lui-même, d’ailleurs, est une sorte de monstre littéraire. Doué d’une facilité de plume très agaçante, ce critique de cinéma au Nouvel Obs a servi de nègre à une soixantaine de stars, de starlettes et d’hurluberlus –des footeux, des Miss France, des acteurs, des barbouzes, des moines, des gangsters, des politiques, des chanteurs, des drogués... Il met, selon sa jolie formule, «de la grammaire dans leur mélancolie», et rien ne l’amuse plus que de croiser un acteur de cinéma dont il avait écrit le roman, qui lui dit, lors du cocktail de lancement au Meurice:

«Mon année a été tellement difficile, avec l’écriture de mon livre!»

Ce livre n’est pas une enquête: il y en a déjà eu plein. Ni un roman: la vérité est suffisamment romanesque. C’est une transfiguration littéraire qui donne les clés de l’une des plus grandes énigmes du XXe siècle.

Bon, allez, je vais vous le dire: le commanditaire de l’assassinat, vous le trouverez page...

Hervé Bentégeat

JFK, le dernier jour de François Forestier (Albin Michel)

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