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Afghanistan: l'enregistrement audio d'un soldat britannique exécutant un prisonnier de guerre

Grégoire Fleurot, mis à jour le 08.11.2013 à 18 h 49

«Ça ne sort pas d'ici les gars. Je viens de violer la Convention de Genève.»

Des membres du commando 42 des Royal Marines lors d'une opération dans la province afghane du Helmand, photo publiée par l'armée britannique le 19 mars 2009, REUTERS.

Des membres du commando 42 des Royal Marines lors d'une opération dans la province afghane du Helmand, photo publiée par l'armée britannique le 19 mars 2009, REUTERS.

«Il n'y a pas de guerre propre.» Cette phrase, prononcée par l'ancien ministre de la Défense Gérard Longuet en 2011 lors de l'opération française en Libye, est une évidence que la guerre en Afghanistan, qui dure depuis plus de douze ans, vient nous rappeler un peu trop régulièrement.

En 2011, le soldat américain Jeremy Morlock était condamné à 24 ans de prison pour le meurtre de plusieurs civils afghans. Le 6 novembre dernier, le magazine américain Rolling Stone rapportait dans un long article de Matthieu Aikins les accusations de meurtre et de torture contre des membres des forces spéciales basés dans la province de Wardak.

Le lendemain, c'est au tour de la BBC de publier un enregistrement sur lequel on entend trois membres des Royal Marines, corps d’élite de l’armée britannique qui sont la fierté de la Royal Navy, discuter alors qu'ils sont en train de tuer un insurgé afghan blessé et capturé. On peut aussi entendre sur la bande, enregistrée par la caméra fixée au casque de l'un d'entre eux, un coup de feu, qui est selon les procureurs britanniques une exécution.

Les trois soldats (un est accusé du meurtre, les deux autres d'y avoir particpé) nient le meurtre, qui aurait eu lieu dans la province de l'Helmand en 2011. Le juge de la cour martiale chargé du dossier a décidé que la vidéo de l'incident ne devait pas être publiée parce qu'elle pourrait être utilisée par les terroristes comme outil de propagande, mais a décidé que la bande audio pouvait l'être.

La BBC rapporte que la vidéo montre les trois soldats s'approcher d'un insurgé grièvement blessé mais toujours en vie après une attaque d'hélicoptère. La patrouille traîne alors le blessé à travers le champ où il se trouvait pour l'amener dans une zone boisée, puis les images montrent un des marines tirer sur le prisonnier afghan avec un pistolet.

«Ce n'est rien que tu ne nous aurais pas fait», déclare ensuite le même soldat en s'adressant au cadavre, avant de dire à ses camarades:

«Bien entendu, ça ne sort pas d'ici les gars. Je viens de violer la Convention de Genève.»

Pour sa défense, le soldat affirme qu'il pensait que l'homme était mort quand il lui a tiré dessus.

La Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, entrée en vigueur en 1950, prohibe notamment «les atteintes portées à la vie et à l'intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices» contre ceux-ci.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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