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Haiyan ou Yolanda? Typhon ou cyclone? Deux prénoms et deux noms pour dire la même chose

Michel Alberganti, mis à jour le 08.11.2013 à 12 h 54

Bonus: comment ça marche.

Le typhon Haiyan qui touche les Philippines et se dirige vers la Chine ce 8 novembre fait partie des cyclones tropicaux, les tempêtes les plus dévastatrices en raison de la vitesse des vents qu’elles provoquent. En fait, les différents termes utilisés désignent le même phénomène météorologique. Qu’il s’agisse d’ouragan dans l’Atlantique nord, de typhon dans le Pacifique nord-ouest, de cyclone tropical sévère dans le sud de l’océan indien ou de tempête cyclonique sévère dans le nord de l’océan indien, il s’agit du résultat d’une forte chute de pression atmosphérique. Il s’agit donc d’une dépression.

Outre les victimes et les dévastations au sol, les typhons se caractérisent par les impressionnantes images satellites montrant le tourbillon qu’ils forment. Le sens de rotation des vents dépend de l’hémisphère dans lequel le cyclone se produit. Le flux d’air tourne dans le sens des aiguilles d’une montre au nord et en sens inverse au sud de l’équateur, sous l’action de la force de Coriolis.

Comment des vents pouvant atteindre 300 km/h peuvent-ils se produire au-dessus de la mer? Les cyclones tropicaux se constituent dans une atmosphère humide et lorsque la température de la mer dépasse les 26,5°C sur une profondeur de plus de 50 mètres. A la surface, la température peut avoisiner les 30°C. Cette chaleur emmagasinée par cette considérable quantité d’eau de mer va servir de carburant au cyclone.

Pour que ce dernier se forme, il est également nécessaire qu’une zone de basse pression se produise au même endroit. Les pressions mesurées au centre des cyclones font partie des plus basses enregistrées à la surface de la Terre, au niveau de la mer. Le record, dans ce domaine, est parfois attribué à l’ouragan Wilma en 2005 avec une pression de 882 hPa. Mais le typhon TIP en 1979 a atteint 870 hPa avec des vents estimés à 305 km/h.   

Haiyan, surnommé aux Philippines Yolanda, pourrait bien largement dépasser ce record. Selon CNN, on a enregistré des rafales à 380km/h au moment où il a touché terre.

Il faut ensuite qu’une forte couverture nuageuse existe sur la zone, avec orages et pluies. Quand les vents se mettent à tourner fortement, ils forment le fameux œil du cyclone dont le diamètre varie d’une dizaine de km à 200 km. Dans cette zone, même si la mer peut être agitée, l’air est calme et le ciel dégagé.

En plus de la rotation des vents autour de l’œil du cyclone (circulation centrifuge), se produit deux courants, l’un ascendant d’air chaud et l’autre descendant d’air froid. Ainsi, paradoxalement, l’œil devient rapidement le lieu le plus froid du cyclone à la surface de la mer. Toute la chaleur est en effet aspirée vers le haut tandis que l’air froid d’altitude se précipite vers la mer.

En altitude, en revanche, la température à l’intérieur du cyclone peut s’élever de 15°C à 20°C au dessus de la température ambiante. On a ainsi mesuré 30°C à 2.300 mètres d’altitude pour le typhon Nora (1973) au lieu d’une température normale de 10°C. Ce phénomène thermique est essentiellement dû à la chaleur latente de l’eau qui se libère lors de la condensation de la vapeur en altitude.

En effet, ce que l’on nomme aujourd’hui l’enthalpie de changement d’état correspond à la quantité d’énergie nécessaire pour faire passer un corps d’un état à un autre. Dans le cyclone, l’eau passe de l’état de vapeur à celui de liquide et dégage la même chaleur que celle que l’on doit, à l’inverse, fournir à une casserole pour faire bouillir l’eau liquide qu’elle contient.

Difficile d’imaginer la quantité de chaleur ainsi dégagée par un cyclone... Sachant que son diamètre extérieur peut varier de 300 à 1.000 km pour une hauteur de 14 à 18 km... Il s’agit donc d’une gigantesque machine thermique. L’énergie d’un tel système a été évaluée par le National Weather Service  entre 2,2 x 1012 et, 1,6 1018 watts.

Que faire?

En bordure de l’œil, les vents sont donc extrêmement violents et peuvent être les plus meurtriers lorsque le cyclone rencontre des côtes habitées. Son passage s’accompagne également de pluies diluviennes pouvant atteindre en une journée un m3 par m2.... Une marée de tempête de plusieurs mètres peut également se produire. Le record semble être celui du cyclone Mahina en 1899 qui aurait produit une marée de 13 mètres de hauteur dans la Bathurst Bay. Des témoignages attestent de dauphins et autres gros poissons retrouvés à une altitude de 15 mètres.

Face à un tel cataclysme, il n’y a souvent pas grand-chose à faire si ce n’est l’évacuation des zones les plus exposées et la mise à l’abri des habitants. Ensuite, les dégâts dépendent aussi de la durée du cyclone. Les plus résistants ont atteint les 31 jours comme John en 1994 dans le Pacifique. Par chance, les cyclones ne restent pas stationnaires et se déplacent, même si leur vitesse est assez lente, variant de 15 à 25 km/h.

La disparition des cyclones peuvent avoir plusieurs causes. D’abord, la modification des conditions météorologiques avec une baisse de la chaleur de l’eau et de l’humidité de l’atmosphère qui peuvent réduire, par manque de carburant, leur intensité. Le phénomène est encore plus prononcé en cas d’atterrissage du cyclone, c’est-à-dire son passage sur un continent. Il perd alors sa source de chaleur et d’humidité et frotte sur le sol. Mais avec son élan, il peut toutefois pénétrer jusqu’à 200 km à l’intérieur des terres.

Michel Alberganti 

Illustration: Haiyan/Yolanda au-dessus des Philippines, vendredi entre 1h et 8h TU / NOAA

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