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Du polonium dans le corps d'Arafat. Et alors?

, mis à jour le 07.11.2013 à 16 h 30

Les preuves indirectes révélées par l’intermédiaire de la présence anormale de plomb ne suffisent pas à affirmer que ce même polonium soit la cause de la mort du leader palestinien.

Cérémonie marquant le 3e anniversaire de la mort de Yasser Arafat, à Sofia, en 2007. REUTERS/Nikolay Doychinov

Cérémonie marquant le 3e anniversaire de la mort de Yasser Arafat, à Sofia, en 2007. REUTERS/Nikolay Doychinov

Polonium ou pas? Il aura fallu attendre neuf ans pour savoir que l’on ne saura sans doute jamais. Yasser Arafat est mort le 11 novembre 2004 à l'hôpital militaire Percy de Clamart. Depuis, en l’absence d’autopsie médico-scientifique (refusée par Souha Arafat, sa veuve) et l’interdiction faite aux médecins militaires de s’exprimer librement devant la presse, toutes les rumeurs sur les raisons du décès du leader palestinien avaient couru et deux hypothèses étaient alors avancées: le poison radioactif et le poison alimentaire. Dans les deux cas, la majorité des soupçons visaient les services secrets israéliens.

L’affaire devait rebondir en 2012 via une nouvelle lecture, palestinienne, du dossier médical établi en 2004 par les médecins militaires français. Révélés par Al-Jazeera et par Slate.fr, plusieurs éléments de ce dossier pouvaient soutenir la thèse de l’empoisonnement. Ces éléments devaient conduire une équipe médicale suisse à mener de nouvelles investigations médicales et scientifiques sur le corps de l’ancien leader palestinien exhumé le 27 novembre 2012. Cette équipe est dirigée par le Pr Patrice Mangin, responsables du département de médecine légale du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML).

Le rapport définitif (108 pages) de l’équipe suisse comprenant les résultats des analyses pratiquées après l’exhumation du cadavre en novembre 2012 a été révélé le 6 novembre: il est disponible sur le site d'Al Jazeera. Les spécialistes suisses y concluent avoir découvert des preuves indirectes (par l’intermédiaire de la présence anormale de plomb) d’une présence de polonium 210 qui serait dix-huit fois plus élevée que la moyenne –et ce dans des prélèvements osseux (côtes, bassin) et dans le sol ayant absorbé ses fluides corporels.

Cette découverte est selon eux compatible avec le tableau clinique précédant la mort et ce en dépit de l’absence des principaux symptômes habituels (perte de cheveux et assèchement des lignées productrices de cellules sanguines dans la moelle osseuse) observés dans ce type d’intoxication.  

Mais l’équation est simple: les experts ne peuvent pas formellement exclure le polonium 210 comme cause de la mort. A l’inverse, ils ne peuvent pas affirmer que ce même polonium soit la cause de la mort.

Côté palestinien, ces éléments sont suffisants pour conclure à un empoisonnement. «Cela confirme tous nos doutes», avait déjà commenté  Souha Arafat estimant qu’il s’agissait d'un assassinat politique, sans pour autant pouvoir mettre un nom sur les assassins. Wassel Abou Youssef, un membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine en a appelé à la formation d'une commission d'enquête internationale sur le même modèle que celle qui a été constituée après le meurtre de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri.

Deux autres pièces médicolégales sont désormais attendues: les rapports des équipes française et russe qui ont également recueilli des restes prélevés lors de l'exhumation de Yasser Arafat. Les experts russes contesteraient la présence de polonium 210 tandis que les experts suisses contestent la valeur scientifique de leurs collègues russes. Il est désormais fort peu vraisemblable que l’on puisse disposer de réponses indiscutables – réponses qui auraient pu être apportées si une autopsie avait, comme c’est la règle, pu être pratiquée il y a précisément neuf ans à l’hôpital d’instruction des armées Percy de Clamart.

Le seul espoir réside désormais dans les analyses qui pourraient être effectuées sur les différents échantillons biologiques (sang, urines, liquide céphalo-rachidien, biopsies) prélevés sur Yasser Arafat lors de son hospitalisation. Ces échantillons ont-ils été conservés? Si tel n’est pas le cas, qui a décidé qu’ils devaient être détruits? Et pourquoi?

Jean-Yves Nau

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