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Le dernier film que vous avez vu passe-t-il le test de Bechdel?

Extrait de l'affiche de «La vie d'Adèle», qui réussit le test de Bechdel haut la main.

Extrait de l'affiche de «La vie d'Adèle», qui réussit le test de Bechdel haut la main.

Des cinémas indépendants suédois attribuent un label aux films qui ont deux personnages féminins qui se parlent à un moment d'autre chose que d'un homme. Pas si facile...

Réfléchissez deux minutes au dernier film que vous avez vu, au cinéma ou à la télé et posez-vous ces trois questions:

  • 1) Est-ce qu'il y avait au moins deux personnages féminins dont on connaissait le nom?
  • 2) Est-ce qu'elles se parlaient à un moment du film?
  • 3) Est-ce qu'elles se parlaient d'autre chose que d'un homme?

Si vous avez répondu oui à ces trois questions, votre film vient de passer le «test de Bechdel», du nom de l'auteure de bande-dessinées Alison Bechdel. En 1985, dans Dykes to watch out for, elle dessinait une planche intitulée «La règle», où deux amies envisageaient d'aller au cinéma. L'une d'entre elles explique avoir comme règle de n'aller voir un film que s'il remplit trois préalables de base: avoir au moins deux femmes qui parlent d'autre chose que d'un homme.

Si le dernier film que vous avez vu remplit ces trois critères, il aurait également droit au label lancé par quatre cinémas indépendants suédois, qui attribuent un «A» –comme Approuvé et Alison Bechdel. Comme le note le site de l'initiative, le label est une façon d'évoquer le problème de l'inégalité hommes-femmes dans le cinéma, et le test de Bechdel un «outil utile qui peut nous aider à viser l'égalité».

Il signale également qu'un film labellisé «A» n'est pas nécessairement un bon film... mais permet de soulever la question de «qui a le droit de parler dans les films aujourd'hui, et qui sont les personnes dont on raconte l'histoire».

D'ailleurs, un film qui passe le test de Bechdel n'est pas nécessairement un film non-sexiste, vu qu'un échange de quelques secondes sur un long métrage de plusieurs heures suffit (certains estiment d'ailleurs qu'il faudrait au moins 60 secondes de discussion pour le comptabiliser comme un échange).

Comme le notait la toujours passionnante Anita Sarkeesian en 2009, «il est assez extraordinaire de voir combien de films ne réussissent pas ce test, parce que ce n'est même pas un signe que le film est féministe ou que c'est un bon film, mais seulement qu'il y a des femmes dedans et qu'elles se parlent d'autre chose que d'un homme». S.O.S Fantômes, Men In Black, Shrek, Fight Club, Quand Harry rencontre Sally sont autant d'exemples de films qui n'ont pas deux personnages féminins nommés parlant d'autre chose que d'un homme.

A l'inverse, Blue Jasmine, L'Ecume des Jours, La vie d'Adèle ou Les Flingueuses sont quelques exemples de films qui réussissent le test (vous pouvez voir et participer à une liste ici).

Comme l'expliquait Jennifer Kesler en 2010 sur son blog Thehathorlegacy, le but du test de Bechdel n'est pas de le réussir –avec une scène prétexte de 30 secondes sans aucun intérêt histoire de dire qu'on n'est pas sexiste–, mais de faire réfléchir les gens à la rareté de ces scènes: 

«Si peu de films et de séries incluent des personnages féminins multiples, développés et importants, qui participent à faire avancer l'histoire. Imaginez à quel point il serait difficile d'éviter une scène où deux hommes parlent de quelque chose d'autre que de femmes. Pourquoi est-ce que c'est si dur? Parce que presque tous les films et les séries contiennent des personnages masculins multiples, développés et importants, qui participent à faire avancer l'histoire.»

Les personnages féminins sont traditionnellement à la périphérie des personnages masculins, poursuit-elle:

«En les rendant périphériques, l'auteur s'est assuré que les femmes ne pouvaient pas faire avancer l'histoire à moins qu'elles ne nous disent quelque chose sur les hommes qui sont au coeur du scénario. C'est ça, le problème que ce test souligne.»

En 2008, la même Jennifer Kesler expliquait que lors de ses études de cinéma, plusieurs de ses professeurs lui avaient dit qu'elle ne réussirait jamais dans le milieu si elle continuait d'écrire des scenarii avec des femmes se parlant d'autre chose que d'hommes... Un professionnel de l'industrie lui avait finalement expliqué:

«Le public ne veut pas écouter des femmes qui parlent de ce dont les femmes parlent.»

C.D.

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