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Able Archer 83: la peur d'une crise nucléaire qui a mis fin à la guerre froide

Laszlo Perelstein, mis à jour le 05.11.2013 à 12 h 22

Nike Missile Select Panel. Todd Lappin via Flickr CC License by.

Nike Missile Select Panel. Todd Lappin via Flickr CC License by.

Il y a quelques mois, les autorités britanniques ont rendu public un discours écrit par Elizabeth II en mars 1983, censé être prononcé en cas de Troisième Guerre mondiale.  A l’époque, la guerre froide battait son plein et la reine d’Angleterre avait demandé à son gouvernement de travailler sur une possible guerre nucléaire.

Un tel désastre aurait bien pu se produire au vu de l’exercice de tir nucléaire Able Archer auquel se sont livrés le Royaume-Uni et les Etats-Unis et dont on vous parlait sur Slate en mai 2013. Des documents déclassifiés obtenus par le Nuclear information service révèlent que l’URSS a mal interprété l’exercice et cru à une réelle menace.

Encore peu connu du grand public il y a quelques années, l’opération Able Archer est un exercice militaire de l’Otan plus provocant que les exercices précédents. Il a notamment impliqué le déplacement de 40.000 troupes vers l’Europe de l’Ouest.

Des documents mis en ligne en mai dernier par les archives de la NSA révélaient déjà que l’opération avait poussé le Secrétaire général soviétique en place, Iouri Andropov, à ordonner la plus importante opération de renseignement jamais effectuée en temps de paix: l’Opération RYAN. Leur mission? S’assurer de ne pas être en face d’une situation de Raketno-Yadernoye Napadenie, le nom de code d’une attaque nucléaire occidentale préventive, que les Soviétiques redoutaient tant.

Au fur et à mesure que l’exercice prend place, la tension internationale se fait ressentir. Le 1er septembre 1983, un Boieng 747 de Korean Airlines pénètre par erreur dans l’espace aérien russe. Les Soviétiques décident alors de l’abattre, tuant les 269 personnes à bord. Des preuves suggèrent qu’ils l’auraient en fait pris pour un appareil de surveillance américain, présent plus tôt dans la zone.

En outre, le gouvernement russe avait également déployé «des unités aériennes soviétiques stationnées en Allemagne de l’Est et en Pologne placées en état d’alerte maximum ainsi que le déploiement de forces de frappe nucléaires», selon un rapport de la CIA.

La crise s’aggrave à tel point que Sir Robert Armstrong, secrétaire de cabinet de Margaret Thatcher, informé par un agent double russe, avertit la Première ministre que le déplacement des troupes soviétiques n'est pas un exercice militaire, puisqu'il se déroule notamment «en période d’importantes vacances soviétiques».

Pour Paul Dibb, ancient directeur du Comité mixte du renseignement australien, la situation était bien pire qu’en 1962 à Cuba:

«Cuba était indubitablement une crise intense avec de très hauts enjeux, mais les deux côtés savaient qu’ils étaient en situation de crise et ils avaient chacun les mêmes faits à disposition. Able Archer aurait pu déclencher la catastrophe ultime involontaire, et avec de promptes capacités de frappes nucléaires du côté soviétique comme américain des ordres de magnitudes plus importants qu’en 1962.»

D’après The Guardian, les renseignements britanniques rédigent alors une note suggérant «à l’Otan d’informer l’Union soviétique de l’exercice». Convaincu par la note et les arguments de l’agent double russe qui avait informé Thatcher, le président Ronal Reagan pousse l’esprit de détente qui conduira à la fin de la guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS.

Laszlo Perelstein
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