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En Allemagne, un gouvernement ça se négocie avec minutie

Daniel Vernet, mis à jour le 05.11.2013 à 7 h 02

Les négociations entre la CDU, la CSU et le SPD font l’objet d’une organisation qui ne laisse rien au hasard. Il y a d’abord les séances plénières, le directoire, le confessionnal, des comités d'orientation, etc.

Première séance plénières, le 23 octobre. REUTERS/Fabrizio Bensch

Première séance plénières, le 23 octobre. REUTERS/Fabrizio Bensch

«Ça me rappelle le Congrès de Vienne», dit un participant aux négociations entre la démocratie-chrétienne (CDU) et la social-démocratie (SPD) allemandes en vue de la formation d’un gouvernement de grande coalition à Berlin.

Il fait allusion à la conférence diplomatique qui réunit dans la capitale autrichienne du 1er novembre 1814 au 9 juin 1815 plus de deux cents princes et hauts dignitaires de toute l’Europe dans le but de définir un nouvel ordre international après les défaites napoléoniennes.

La comparaison est à peine exagérée. Les séances plénières entre les partis en présence ne rassemblent pas moins de 75 participants et les négociations sont prévues pour durer au moins deux mois.

Il y a en fait trois protagonistes autour de la table: l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, l’Union chrétienne sociale (CSU) sa petite sœur bavaroise dirigée par Horst Seehofer qui se considère comme un partenaire à part entière, et le Parti social-démocrate (SPD) présidé par Sigmar Gabriel. L’objectif est de rédiger un contrat de coalition pour les quatre prochaines années. Le texte devrait comporter plusieurs centaines de pages et envisager des solutions pour tous les sujets politiques, économiques, sociaux, internationaux prévus ou prévisibles.

Pas question de conclure un vague accord sur un coin de table. La particularité de la procédure est qu’il ne s’agit pas d’un accord électoral. Les trois partis en cause ont mené campagne les uns contre les autres aux élections législatives du 22 septembre.

Malgré son succès, Angela Merkel n’a pas obtenu, à elle seule et avec la CSU, la majorité absolue qui lui aurait permis de gouverner. Elle a donc dû se chercher des alliés. Le Parti libéral avec lequel elle a dirigé l’Allemagne au cours des quatre dernières années ayant été éliminé du Bundestag pour ne pas avoir passé la barre des 5% des suffrages, la chancelière s’est tournée vers les autres formations. Un sondage auprès des Verts a vite montré qu’une alliance était impossible, en tous cas prématurée. Restait donc le SPD, avec lequel Angela Merkel a déjà formé une grande coalition entre 2005 et 2009.

La grande coalition, bon pour tout le monde, surtout pour Merkel

Pour arriver à un accord, il faut oublier les polémiques de la campagne électorale, chercher des compromis sur les grandes questions politiques, se partager les postes ministériels et... convaincre ses partisans respectifs que, bon gré mal gré, la grande coalition est la meilleure solution pour tout le monde.

C’est plus facile à la CDU-CSU où la voix du chef est d’autant mieux écoutée qu’Angela Merkel s’est débarrassée au cours des dernières années de tous les contestataires potentiels. C’est plus difficile pour le SPD. Son président, Sigmar Gabriel, a promis, pour la première fois, une consultation des adhérents. Or ceux-ci se souviennent, et pas seulement les plus à gauche, que l’expérience de la précédente grande coalition avec Angela Merkel s’est soldée par une défaite cuisante du SPD.

Rien ne doit donc être laissé au hasard. Les négociations font l’objet d’une organisation minutieuse. Il y a d’abord les séances plénières qui regroupent quelque 75 personnes, alternativement au siège de la CDU et du SPD. Il ne devrait pas y avoir plus de trois ou quatre réunions de ce type. C’est la base de la pyramide.

Au sommet, la rencontre des présidents des trois partis –Angela Merkel, Horst Seehofer, Sigmar Gabriel. Ils sont appelés à trancher les différends de principe. Ils sont assistés d’un petit «directoire» composé des principaux dirigeants des trois formations.

Les négociations destinées à rapprocher les points de vue sur les principaux dossiers ont lieu dans douze groupes et quatre sous-groupes de travail: économie, finances, libertés publiques (sujet particulièrement sensible après les révélations sur l’espionnage américain), immigration, énergie, politique internationale –avec un sous-groupe Europe–, etc.

Ces groupes sont co-présidés par deux experts appartenant à chaque camp. Un comité d’orientation coordonne le travail des groupes qui rendront compte aux chefs de parti et à la réunion plénière. A quoi s’ajoute, pour tenir compte de la structure fédérale de l’Allemagne, une réunion régulière des ministres-présidents des Länder qui sont tous gouvernés soit par des chrétiens-démocrates soit par des sociaux-démocrates, à l’exception du Bade-Wurtemberg qui a un Vert à sa tête.

Déjà des avancées

Pour accélérer le processus, Angela Merkel a décidé, selon Der Spiegel, de pratiquer ce que dans le jargon de son parti, on appelle «le confessionnal».

Elle va recevoir les uns après les autres les responsables chrétiens-démocrates des différents groupes de travail pour s’informer de l’avancement des travaux et, si besoin, les remettre dans le droit chemin. Il s’agit en effet d’éviter à la fois des blocages inutiles et des concessions démesurées.

Des rapprochements semblent déjà se dessiner entre les programmes des protagonistes sur l’instauration d’un salaire minimum, l’acceptation de la double nationalité pour les immigrés, la taxe sur les transactions financières.

En revanche, le SPD aurait renoncé à sa revendication d’une augmentation de l’impôt sur le revenu pour les contribuables les plus aisés, tout en obtenant satisfaction sur la hausse des investissements dans les infrastructures et la formation. Il est vrai qu’en Allemagne, les caisses publiques sont pleines. Les rentrées fiscales de l’Etat fédéral n’ont pas été aussi élevées depuis longtemps. Angela Merkel devrait pouvoir se permettre quelques largesses sans enfreindre le dogme de la rigueur. Toutes les réponses d'ici un mois.

Daniel Vernet

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