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D'où viennent les journalistes tués en 2013?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 03.11.2013 à 16 h 22

L'immense majorité des journalistes tués dans l'exercice de leur profession dans le monde sont originaires des pays où ils sont morts. Parmi les étrangers, les Français sont cependant très exposés, avec quatre décès d'envoyés spéciaux sur les six recencés en 2013.

Les journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon en juillet 2013 à Bamako. Photo: RFI via AFP

Les journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon en juillet 2013 à Bamako. Photo: RFI via AFP

Deux journalistes français, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, envoyés spéciaux de RFI au Mali, ont été kidnappés dans la ville de Kidal et assasinés peu après.

En 2013, avant eux, Yves Debay, fondateur de la revue Assaut et Olivier Voisin, reporter-photographe indépendant, étaient morts lors du conflit syrien. Les Français sont-ils particulièrement exposés?

L'enregistrement des décès de journalistes dans le cadre de leurs fonctions est complexe et les associations n'aboutissent pas au même nombre. Le Committe to Protect Journalists (CPJ) et Reporters sans Frontières (RSF) sont deux ONG qui tentent de réaliser ce travail de la manière la plus précise possible.

Nous avons donc recoupé leurs deux listes: les 43 journalistes tués selon RSF et les 40 selon le CPJ, aboutissant à une liste pour 2013 de 63 journalistes tués (CPJ et RSF n'ayant pas toujours les mêmes noms), liste évidemment provisoire... Notons que pour le CPJ, les 40 décès recensés s'ajoutent à 25 autres pour lesquels le motif n'a pas encore été confirmé. Et que RSF compte à part les «activistes média» et «citoyens-journalistes»: leur prise en compte alourdirait le bilan de 24 personnes cette année.

Les journalistes locaux les plus exposés

Que montrent ces chiffres? D'abord, ils rappellent que l'immense majorité des journalistes tués sont des employés de médias locaux. On compte ainsi 18 journalistes syriens tués cette année. Un conflit syrien particulièrement meurtrier, puisque s'y ajoutent les décès des deux Français et d'un journaliste iranien de l'Union des radios et télévisions islamiques (IRTVU).

Au global, la liste des 63 décès compte 6 journalistes étrangers à la zone de conflit. Ratio stable: en 2012, sur les 73 décès de journalistes identifiés par CPJ, 4 étaient des correspondants ou envoyés spéciaux étrangers.

 

Il n'empêche: les journalistes français semblent être particulièrement exposés puisque, parmi les journalistes envoyés spéciaux d'un média sur un conflit se déroulant dans un autre pays, 6 sont morts en 2013 dont 4 Français. Outre le journaliste iranien mort en Syrie, un caméraman britannique de Sky News a été tué en Egypte. Les journalistes français, épargnés par les assassinats sur leur territoire, paient ainsi un plus lourd tribut cette année que des pays dans lesquels l'exercice du métier s'avère très risqué (trois journalistes locaux sont morts au Brésil, deux en Russie, deux au Mexique et un en Colombie).

Ce tableau ne dit pas, en revanche, si l'exposition des Français est la conséquence de leur présence plus importante à l'international, de leur manière de travailler ou résulte du fait qu'ils sont pris pour cible du fait de leur nationalité...

La répartition des tués par zones de conflit met enfin très nettement en lumière la dangerosité du conflit syrien pour les médias. C'est près d'un tiers des décès de l'année 2013 qui a eu lieu dans ce pays.

 

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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