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Les quatre piliers et les dix tendances de la smart city

London City Hall / Maciek Lulko via Flickr CC License by.

London City Hall / Maciek Lulko via Flickr CC License by.

L'écosystème qu’est la ville constitue un ensemble à quatre métiers, qui peuvent répondre à dix besoins urbains d'une manière plus intelligente.

On parle beaucoup de smart city ou de smart cités. Être smart, c’est recourir à un réseau toujours plus puissant d’infrastructures et de services numériques. C’est aussi être à la mode. Or, il faut toujours se méfier un peu de la mode. Et faire attention à ne pas se payer de mots.

La «ville intelligente»: promesse ou chimère? Mirage du marketing urbain ou véritable promesse de renouveau et d’efficacité? Solution à un ensemble de problèmes anciens et nouveaux ou bien ensemble de solutions techniques en quête de marchés et de problèmes à résoudre?

Ce n’est pas la métropole qui est elle-même intelligente (à l’inverse, que serait une ville sotte?), ce sont d’abord ses habitants, ses élus, son administration, ses entreprises. L’intelligence des villes est avant tout l’intelligence des gens. Une métropole intelligente, c’est aussi une ville qui permet une meilleure maîtrise des informations et circulations urbaines à l’ère de la révolution numérique.

Le sujet est international et concerne l’ensemble des zones urbaines, des plus opulentes aux plus déshéritées, des plus anciennes aux plus récentes. D’évidence, il est bien plus facile d’envisager la création de villes plus «intelligentes» là où les villes naissent que là où il faut revoir leur organisation et leurs réseaux. Dans le premier cas, des villes neuves peuvent être envisagées et organisées comme smart. Dans le second cas, les démarches peuvent être plus valablement dites smarter, car il s’agit de rendre plus intelligent l’existant. 

S’il n’est absolument pas certain que les données puissent autant changer la ville que l’électricité (comme le soutient une partie de la littérature spécialisée) ni que le big data conduise à transformer la gestion municipale en Big Brother (comme le soutient une autre partie de la littérature spécialisée), le sujet n’en reste pas moins capital.

Si l’approche smart n’est pas la solution miracle aux problèmes de gestion locale, et si elle peut aussi apporter ses problèmes (de sécurité des réseaux et de maîtrise technologique, notamment), c’est une entrée pour innover dans les relations entre habitants et villes.

Un écosystème intelligent, pour les gens, avec les gens

Les meilleures métaphores pour les villes sont celles qui les décrivent comme des organismes vivants. Plus précisément comme des systèmes artério-veineux de réseaux et de flux.

L’introduction de davantage d’intelligence, c’est-à-dire, en réalité, la captation et l’utilisation collective de toutes les intelligences de la ville, vise l’usage optimum de ce qui est en place et des projets de développement. Tout ceci, naturellement, est largement fonction des particularités, et il n’y a pas un modèle de métropole intelligente qui se plaquerait partout. Il n’y a pas de «one smart fits all».

Cet écosystème intelligent qu’est la ville, résultante des intelligences individuelles, est un ensemble à quatre piliers (qui sont les quatre principaux métiers de la ville).

1. Construire

La ville est faite de bâtiments. Ceux-ci sont de moins en moins réalisés individuellement, et de plus en plus configurés dans des projets urbains d’ensemble. Les logiques smart sont déjà à l’œuvre dans ce domaine, mais appelées à encore s’intensifier.

Les bâtiments peuvent être des BBC (bâtiment basse consommation), BEPOS (bâtiment à énergie positive), HQE (haute qualité environnementale), etc. Ils dépendent d’abord des usages qui en sont faits. Ce sont donc toujours les gens, et leur intelligence, qui font les qualités des bâtiments.

Ils dépendent aussi, et de plus en plus, des quartiers dans lesquels ils se trouvent. Une métropole intelligente est un territoire où l’optimisation des circulations et consommations, avec des calculs sur cycle de vie, se gère au niveau des quartiers et non plus seulement des bâtiments.

2. Aménager

La ville, dans les bâtiments, sur les espaces publics, dans les parcs et jardins, est pleine d’équipements. Touts ces matériels sont de plus en plus intelligents eux-mêmes. Ils sont connectés entre eux. Ils s’adressent de l’information.

Du frigo individuel à la piscine collective, ce sont des systèmes de plus en plus puissants qui gèrent les consommations de fluides. Une ville intelligente est faite de ces systèmes. Et pour que tous ces systèmes fonctionnent ensemble de façon optimale, certaines conditions sont du ressort de la métropole, du Wi-Fi au haut débit.

3. Traiter

La ville c’est du traitement de données. Il en va, classiquement, de l’état civil, à, aujourd’hui, l’avalanche de données qui la traversent, les ménages qui y vivent, les entreprises qui s’y installent, les touristes qui y passent.

Nombre d’entreprises ont aujourd’hui des produits pour mieux faire fonctionner ensemble les systèmes d’information et pour, par analyse de toutes ces données, produire des services mieux adaptés et moins coûteux. La ville, de plus en plus numérisée, peut dégager de nouveaux services.

4. Exploiter

La ville est une exploitation quotidienne de réseaux. Qu’il s’agisse d’eau, d’énergie, de transport, de déchets, de télécommunications, un système urbain est d’abord un ensemble de réseaux. Les entreprises savent y investir et savent les maintenir.

De plus en plus, ces réseaux sont, sur le plan des systèmes d’information, interconnectés. La ville est ainsi une infrastructure d’ensemble au service des habitants et de leurs activités. Quand on aborde aujourd’hui les opportunités du numérique, on parle d’une ville devenant une plateforme.

Des tendances et des besoin

Il est possible de lister dix tendances autour desquelles une meilleure gestion du déluge de données peut permettre une optimisation des coûts et une amélioration des performances. Ces tendances font apparaître des besoins auxquels —sans en attendre de résultats magiques— les logiques smart peuvent mieux répondre.

1. En matière énergétique, nous vivons une période TGV: transition à grande vitesse. Une première dimension des smart cities relève du développement des smart grids. Une métropole intelligente optimise les dépenses énergétiques sur son territoire.

2. En matière financière, au-delà de la crise globale, les finances locales sont prises dans l’étau du cycle électoral et dans la perspective d’une probable dégradation à venir. Une métropole intelligente fait des efforts d’efficience.

3. En matière sociale, les métropoles vivent une compétition accrue, en externe, et des inégalités qui progressent, en interne. Une métropole intelligente accroît son attractivité tout en se préoccupant de cohésion sociale (notamment en luttant contre la fracture numérique).

4. En matière de peuplement, les métropoles connaissent à la fois une diversification des populations et une transformation des familles. Une métropole intelligente fournit des informations et services adaptés aux demandes contemporaines, qu’il s’agisse de sécurité ou de modes de garde pour les enfants.

5. En matière démographique, la donne de base est le vieillissement. L’urbanisme peut faciliter la mixité générationnelle, donc la solidarité entre les générations. Une métropole intelligente gère la nécessaire adaptation de la ville pour les plus âgés, la robotisation et la domotique pouvant grandement aider.

6. En matière de gouvernance, c’est le mille-feuille et le kaléidoscope qui prévalent et qui devraient encore prévaloir. Une métropole intelligente n’est pas une révolution institutionnelle mais un ensemble de modalités de gestion plus efficace de territoires plus complexes.

7. En matière de déplacement, l’augmentation du nombre de kilomètres parcourus doit être contrebalancé par le développement des mobilités douces. Une métropole intelligente permet de limiter les déplacements inutiles et d’assurer des mobilités plus agréables.

8. En matière de forme urbaine, densité et compacité ne résoudront pas toutes les difficultés attachées à l’étalement urbain, mais elles les limiteront. Une métropole intelligente permet, par la mixité fonctionnelle des bâtiments et des quartiers, de limiter l’émiettement problématique.

9. En matière d’innovations, le monde regorge d’exemples et de réalisations; à charge de savoir les capter, les décortiquer et les digérer. Une métropole intelligente veille sur ce que font les autres, sans se faire survendre des solutions qui ne lui conviennent pas.

10. En matière géopolitique, le centre du monde se déplace et les innovations et réalisations dites smart sont présentées et vendues chez les émergents. Il n'existe pas d’offre smart city en soi, mais des composantes de la smart city. L’Etat et les collectivités territoriales, en France, ont intérêt à promouvoir ces initiatives à l’international. La smart city, c’est aussi la smart cité: il n’y a pas là un «made in France» chauvin, mais l’affirmation de la qualité des villes et des entreprises françaises.

La métropole intelligente est là pour optimiser ces demandes, ces offres, ces flux, en un mot tout ce métabolisme urbain.

Julien Damon

Pour aller plus loin, vous pouvez aussi lire le rapport de l'auteur pour l'Institut de l'entreprise: «Smart Cities. Efficace, innovante, participative : comment rendre la ville plus intelligente».

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