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Les «enfants de l'Occupation» allemands en quête de leurs pères

Annabelle Georgen, mis à jour le 31.10.2013 à 9 h 56

La Potsdamer Platz détruite en 1945, via Wikimédia Commons.

La Potsdamer Platz détruite en 1945, via Wikimédia Commons.

De leur père, ils n'ont aucun souvenir, aucune trace, si ce n'est parfois de vieilles photos jaunies. Plus de 200.000 Allemands sont ce qu'on appelle des "Besatzungskinder", des «enfants de l'Occupation»: leurs pères sont des soldats français, anglais, russes et américains qui ont occupé l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Très peu de ces enfants «bâtards», comme on les surnommait péjorativement à l'époque, ont réussi à retrouver la trace de leur père biologiques.

Dimanche 27 octobre, une quarantaine d'entre eux se sont rencontrés à Berlin pour la première fois à l'initiative de l'association américaine GI Trace, qui aide les enfants de GIs à travers le monde à retrouver leur famille américaine, rapporte le quotidien Berliner Zeitung. Jusqu'à présent, les États-Unis sont les seuls qui viennent en aide aux enfants allemands de l'Occupation dans leurs recherches généalogiques. D'après la député SPD Mechthild Rawert, qui présidait le rassemblement, l'accès aux dossiers serait beaucoup plus compliqué en France, en Grande-Bretagne et en Russie.

Le quotidien Die Welt donne l'exemple de Thomas L., un Berlinois de 67 ans qui, après des décennies de recherches, a fini par retrouver la trace de sa famille, grande «comme deux équipe de football», à Houston, dans le Texas. Son père, Adnell Tapley, n'est plus en vie, mais il a pu faire la connaissance de son oncle, de ses demi-soeurs et de leurs enfants. La mère de Thomas L., Gerda, qui avait fui la Prusse-Orientale, avait rencontré son père vers 1944 ou 1945 près de Francfort, dans la petite ville de Bad Kreuznach. Comme l'explique Thomas L.:

«Un jour, mon père a sonné à la porte de son propriétaire. Ma mère, qui était une jolie blonde, lui a ouvert et boum!»

Gerda est tombée enceinte mais le soldat américain a soudain décampé, sans savoir qu'il allait devenir le père d'un garçon, poursuit Thomas L.:

«Ma mère n'a jamais su où avait été transférée sa troupe, elle ne l'a jamais cherché. Ce n'était pas son genre.»

Et pour «ne faire du tort à personne, parce qu'autrefois l'interdiction de fraterniser était en vigueur» —les Alliés n'avaient pas le droit d'avoir des relations amoureuses avec des Allemandes— la mère de Thomas L. fit inscrire «père inconnu» sur son acte de naissance.

C'est grâce à GI Trace que Thomas L., après des années de recherches infructueuses, a finalement réussi à entrer en contact avec ses proches. En seulement huit semaines, l'association a retrouvé leur trace. Depuis fin août 2013, il est en contact par email avec ses demi-soeurs. Il a prévu de leur rendre visite l'an prochain aux États-Unis.

Annabelle Georgen
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Journaliste
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