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Attentat présumé à Tiananmen: les médias et les internautes chinois censurés

Caroline Piquet, mis à jour le 29.10.2013 à 12 h 42

L’avenue Chang’an, que la voiture a remontée avant de s’enflammer devant la Cité interdite, place Tiananmen à Pékin. (REUTERS/Stringer)

L’avenue Chang’an, que la voiture a remontée avant de s’enflammer devant la Cité interdite, place Tiananmen à Pékin. (REUTERS/Stringer)

Vingt-quatre heures après le drame qui a frappé la place Tiananmen, les touristes réapparaissent et la police se retire. C’est ce qu’a tweeté il y a quelques heures Emily Rauhla, correspondante du Time à Pékin:

Peu après midi, ce lundi 28 octobre, un 4X4 –de marque Jeep selon l’agence Xinhua– quitte l’avenue Chang’an, monte sur le trottoir et fonce sur 400 mètres vers la place Tiananmen. Le véhicule percute des piétons, avant de frapper un pont de pierre menant à l’entrée de la Cité interdite, où est suspendu un portrait géant de Mao Zedong (c’est à cet endroit même que Mao avait proclamé la République populaire en 1949), et s’enflamme. Cinq personnes sont tuées –les trois passagers de la voiture et deux touristes, selon Reuters.

Si les circonstances de ce drame peuvent laisser penser qu’il s’agit d’un attentat ou d’un geste d’immolation, rien ne permet de le confirmer à ce stade. Selon les informations de Philippe Grangereau de Libération, la police chinoise est sur la piste de militants musulmans ouïgours (originaires de la région du Xinjiang).

En Chine, l’information est couverte «a minima» par la presse: ni grand titre, ni photo, et rien au journal télévisé du soir, rapporte le correspondant du Monde à Pékin Brice Pedroletti. Peu de temps après l’incident, les forces de l’ordre ont interpellé des journalistes qui photographiaient les lieux, leur intimant l’ordre d’effacer les clichés, rapporte l’AFP, dont la correspondante à Hong Kong a toutefois publié une capture d'écran sur Twitter:

Le quotidien Les Nouvelles de Pékin, «dont la voix est considérée généralement plus audacieuse», précise l’AFP, a donné la priorité ce mardi 29 octobre à la couverture d'une grève de docteurs dans l'est de la Chine, et s'est contenté, comme les autres titres, de republier la dépêche de l'agence officielle Chine nouvelle. Un site internet, Uighurbiz.net, a assuré qu’un journaliste avait reçu l’ordre du gouvernement de n’ajouter au compte rendu officiel «aucun contenu, photo ou vidéo», et que son «titre ne pouvait être changé», l’exhortant à censurer les commentaires d’internautes qui «ne pouvaient être contrôlés». Toujours selon l’AFP, des articles du journal Nanfang Dushibao ont rapidement été supprimés après diffusion sur Internet:

«Bien qu'ayant son siège à 1.900 km de Pékin, il s'agit apparemment du seul grand journal à avoir diffusé sa propre couverture de l'événement.»

Selon le Washington Post, un témoignage de blessés dans le Southern Metropolis Daily a également été interdit. Sur Weibo, le réseau de microbloguing chinois, l’information s’est répandue de façon virale, «mais (des centaines de messages) ont rapidement été effacés par les censeurs», selon FreeWeibo.com, un site qui présente une version non censurée de Weibo, traduit par le Washington Post.

Selon Brice Pedroletti, les connexions sont devenues «extrêmement lentes» dans la journée de lundi et il était «difficile d’accéder aux sites non autorisés via les outils de contournement du pare-feu chinois».

La place Tiananmen est un espace hautement symbolique, «interface (…) entre le pouvoir et le peuple», selon Brice Pedroletti, sous haute surveillance depuis les événements de 1989. La place est régulièrement secouée par des incidents graves, dont des immolations par le feu, presque systématiquement censurés.

Caroline Piquet
Caroline Piquet (60 articles)
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