Double XLife

Axe pour hommes: que se passe-t-il quand c'est une femme qui en porte?

Dalhia Lithwick, mis à jour le 31.10.2013 à 14 h 30

J'ai testé, pendant une semaine, de sentir comme mes fils adolescents...

Une statue de Kylie Minogue, à Melbourne / Mugley via FlickrCC License by

Une statue de Kylie Minogue, à Melbourne / Mugley via FlickrCC License by

Il y a fort à parier que si j’avais commencé par regarder les pubs, je ne me serais jamais lancée dans cette expérience débile. Vous connaissez les pubs pour Axe? Elles sont atroces. Elles sont l’équivalent médiatique du parfum lui-même.

Sérieusement, des femmes nues à peine couvertes de tout petits triangles qui se jettent sur des cadres moyens abasourdis...

Ce genre de pub aurait pu être réalisé par des stars du porno russe du milieu des années 1960, ou dans les coulisses du fashion show de Victoria’s Secret, en admettant que les anges aiment vraiment retrouver des plumes dans leurs milk-shakes à la fraise.

Je ne suis pas non plus venue à Axe en reniflant les recoins de la Cour suprême des Etats-Unis –vu que personne au bureau de l’adjoint du ministre de la Justice ne porte ce parfum (comme quoi le gouvernement ne peut pas se planter sur tout, pas vrai?)

Moi, j’ai découvert Axe de façon très classique, par le biais de mon neveu de 13 ans pour qui la perspective d’une vie entière remplie de boom-chicka-wah-wah est peut-être encore hors de portée de son imagination.

Mes propres fils, âgés de 8 ans et 10 ans, sont bien trop jeunes pour mettre de Axe ou du parfum, ou pour tout autre genre de wah-wah d’ailleurs –en tout cas c’est ce dont je m’auto-convaincrai jusqu’à ce qu’ils atteignent la quarantaine.

Mais en août dernier, au bord de la mer, lorsqu’ils ont partagé une salle de bain avec leur héros, un grand cousin hockeyeur et parfumé à Axe, une seule journée a suffi pour que même mon fils de 8 ans asperge son petit corps glabre de gel douche, de déodorant et, au cas où on n’aurait pas pu le sentir de la jetée d’en face, d’eau de toilette.

J’ai décidé de gérer ce terrorisme olfactif comme l’adulte responsable que je suis: en le soumettant à plusieurs jours d’impitoyables taquineries. Avec trois jeunes gens imbibés de parfum dénaturant toutes les saveurs et les odeurs jusqu’à ce que le goût des pâtes finisse par faire naître au fond de la bouche cette douleur inévitable lorsque chaque garçon de la maison estime qu’un bain d’Axe est une étape incontournable de la toilette, les dîners n’ont pas tardé à devenir insupportables. Et cela a continué jusqu’au dernier week-end au bord de la mer, lorsque je me suis retrouvée coincée dans la douche avec uniquement une bouteille de trois-en-un Axe ™ (shampoing, gel douche et après-shampoing). J’ai craqué et je l’ai utilisé.

Joie et félicité. L’expérience olfactive la plus sublimement puissante de ma vie d’adulte. Sans rire. Après avoir passé des décennies à sentir la fleur ou le fruit, pour la toute première fois je dégageais les effluves de la masculinité adolescente. J’avais la même odeur qu’un ado de sexe masculin lorsqu’il a la sensation que tout ce qu’il y a de bon dans l’univers va lui être offert, peut-être même par des filles avec des ailes d’ange dans le dos. Jamais je n’avais autant eu la sensation que le monde m’appartenait. J’ai adoré. J’en voulais encore.

Quand j’ai dit à mon mari que j’envisageais de ne porter que des produits Axe pour homme pendant toute une semaine, sa réponse m’a donné une idée de ce qui allait suivre:

«Tu projettes de porter ce truc au lit tous les soirs pendant une semaine? La vache. Axe, ça marche vraiment. Ça ne fait que quelques minutes et regarde, tu es déjà de nouveau célibataire...» 

Je dois avouer que le choix du parfum a été difficile. Mon neveu de 13 ans a jugé bon de me prévenir d’éviter à tout prix les produits à l’odeur «méchamment dégueu». Les parfums Axe, dans la mesure où ils sont distinguables, semblent la plupart du temps porter des noms inspirés d’activités viriles comme l’exploitation minière ou la soudure. J’ai fini par jeter mon dévolu sur Cool Metal (qu’est-ce que je vous disais: la mine et la soudure) dans la version gel douche, shampoing et déo.

Que se passe-t-il quand une femme de quarante et quelques se balade en dégageant les mêmes effluves qu’un gamin de 13 ans pendant une semaine?

Pas grand-chose en fait. Il s’avère que dans notre culture, il est communément admis que cela ne se fait pas de proférer des commentaires sur l’odeur d’autrui, même quand elle est tellement forte qu’elle dérègle le climat à elle toute seule. Donc, même si vous vous aspergez d'Axe avant un enterrement –comme je l’ai fait– personne ne va vous attraper par le bras et vous supplier de partir. Je m’en suis inondée avant d’aller à un dîner un soir. Et je n’ai suscité aucune réaction, même quand j’ai obligeamment fourré mon cou sous le nez des autres invités.

En revanche, j’ai appris de la bouche de nombreuses mères que le Mur de l’Axe (phénomène naturel où au moins huit ados se remettent de l’Axe après le cours de gym, puis se tiennent ensemble dans la cage d’escalier) a atteint un tel degré d’horreur dans certaines écoles locales qu’il a été totalement interdit. Un autre invité a décrit un impérissable rite de passage adolescent: la torture consistant à se vaporiser de l’Axe dans le slip pour la toute première fois.

Désespérant à l’idée d’obtenir une réponse sociale qui ne soit pas des menaces de divorce de mon mari ou une douce nostalgie de mères ou d’anciens utilisateurs d’Axe, j’ai décidé de mettre le paquet lors du séminaire annuel organisé par Slate.com en septembre. Après m’en être généreusement vaporisé tout le corps avant la grande soirée genre bal de promo, j’ai vu ma camarade de chambre –Dear Prudie, l’auteure du courrier des lecteurs de Slate.com– s’aplatir littéralement contre un mur de l’hôtel et se glisser, toute gênée, dans le couloir, un peu à la façon de ce pauvre chat pourchassé par Pépé le putois.


Pépé le Putois - Un roméo sentimental par Chezmymy

Presque immédiatement après mon arrivée aux festivités, j’ai été accostée par trois collègues femmes de Slate.com qui ont spontanément observé que je sentais incroyablement bon. Sur le coup, cette réaction enthousiaste m’a transportée, jusqu’à ce que je me rende compte que je n’avais pas franchement envie que mes fils une fois ado exercent une telle fascination olfactive sur des femmes de 30-40 ans.

Une de mes collègues a raconté que cela la ramenait direct vers ce qui s’était passé –allez savoir quoi– à l’arrière d’un camion quand elle avait 14 ans. Le silence qui s’en est suivi fut à peine moins gêné qu’après l’histoire du déo dans la culotte de la semaine précédente.

Et même le toujours gracieux John Dickerson –qui a fait la chronique de ses propres démons Axe– a tout bonnement refusé de me mettre le nez dans ma puanteur alors même que j’agressais son espace vital avec une telle violence que j’aurais pu servir de contre-exemple aux bonnes pratiques dans un manuel de ressources humaines.

Pour dire la vérité, c’est le véritable Gentleman Scholar de Slate, Troy Patterson, qui m’a conseillé avec tact de retourner dans ma chambre et de remettre une autre bonne grosse couche d’«effluve» –c’est lui qui l’a dit– si je voulais vraiment que quelqu’un réagisse. Alors j’en ai remis trois fois, un peu à la façon du petit nouveau de l’équipe de rugby. Ensuite, nous avons dansé. Je dégageais. Fort. Et j’aimais ça.

Dahlia Lithwick / Photo: Aaron Fein

La vérité, c’est que mon expérience consistant à sentir comme un adolescent pendant une semaine n’a eu que deux conséquences vraiment significatives. D’abord, j’en suis vraiment venue à aimer cette odeur. Et non, je ne veux pas en parler. Ensuite, et c’est autrement plus important, mes deux enfants ont eu tellement la honte qu’ils ont cessé d’en mettre quelques jours à peine après le début de mon expérience. Allez, bye bye Axe.

Il s’avère qu’il existe une sorte de fenêtre freudienne dans laquelle avoir la même odeur que sa mère est tellement inimaginable qu’ils l’ont sans un mot totalement laissé tomber. Et ils ont tous les deux délibérément régressé en retournant au Suave Baby Shampoo, précisément là où j’aimerais qu’ils restent, en tout cas encore un petit peu. C’est ainsi que baignant dans les effluves de métal rouillé nous avons mis un peu de distance entre nous et les années Axe, les années d’arrogance, les années boom-chicka-wah-wah, qui nous foncent dessus à une allure bien trop folle.

Dahlia Lithwick

Traduit par Bérengère Viennot

Dalhia Lithwick
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