Vous n'irez bientôt plus sur les sites de rencontres traditionnels

Love / Steve Hankins via Flickr CC License by

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Ils n'intègrent pas assez notre «vraie» vie, celle que nous menons en ligne, sur Facebook ou Twitter, pour nous permettre de rencontrer des gens qui nous correspondent. Tinder pourrait changer la donne.

C’est une période charnière pour les histoires d’amour virtuelles. Une nouvelle étude du centre de recherche Pew sur le quotidien américain et Internet révèle que 59% des utilisateurs américains trouvent que «les sites de rencontre sont une bonne manière de rencontrer des gens», ce qui représente 14% de plus qu’en 2005. Parmi les Américains qui se disent «célibataire en recherche», 38% déclarent qu’ils ont déjà eu recours à un site de rencontre ou une application pour trouver l’âme sœur. Mais 21% des Américains connectés pensent encore que «les gens qui sont inscrits à des sites de rencontre sont désespérés» (contre 29% en 2005). D’ailleurs, 13% des utilisateurs de ces sites se considèrent désespérés. Même si les sites de rencontre sont devenus très communs, ils gardent une image un peu triste.

Je serais tentée de croire que cette image est directement liée à ce qu’on trouve sur les sites les plus fréquentés, comme Match.com ou OKCupid. Ces deux sites traitent les rencontres virtuelles comme une sorte de marché au bétail pour célibataires à moitié anonymes dont les profils n’ont aucun lien avec le reste de leur identité en ligne ou dans la vie réelle. Impossible d’avoir accès depuis ces profils à nos autres pages publiques sur Twitter ou Facebook.

Pour ce qui est des stratégies qui permettent aux sites de mettre en relation plusieurs utilisateurs, basées sur des questions posées à ces utilisateurs, elles reposent sur l’idée primitive qu’il peut exister une interaction entre les nouvelles technologies et les relations humaines. Elles partent du principe qu’il suffit de fournir un certain nombre de données à l’ordinateur, de les soumettre à un algorithme, puis d’appliquer le résultat à une liste de prétendants triés selon la probabilité de correspondance amoureuse, pour trouver quelqu’un.

Une rencontre de la vie quotidienne

Sauf que les relations humaines, ça ne marche pas comme ça: ni sur Internet, ni ailleurs. Et c’est encore plus vrai pour les 54% d’utilisateurs de site de rencontre qui ont rencontré une personne dont «la description trouvée sur le profil ne correspondait pas du tout à la réalité».

Nous savons tous qu'Internet peut être un outil très utile pour réunir les gens, alors pourquoi est-ce que ce genre de site est autant stigmatisé? Peut-être parce que les meilleures rencontres, qu’elles soient faites en ligne ou hors ligne, se font de manière plus générale dans le contexte de la vie de tous les jours.

Ceci explique le succès de Tinder, une application qui permet de regarder des photos de célibataires qui se trouvent dans vos environs et d’indiquer d’un simple glissement de doigt votre intérêt. Pour utiliser Tinder, il faut se connecter en utilisant son compte Facebook, ce qui, malheureusement, ne fait qu’augmenter l’influence effrayante de Mark Zuckerberg sur l’ensemble de la Toile.

Ce qui est en revanche une bonne nouvelle, c’est que les mecs et les nanas que vous rencontrez grâce à l'application donnent une image d’eux-mêmes qui est à peu près similaire à celle qui est accessible sur des formes plus publiques de réseaux sociaux. Peut-être peut-on se dire que Zuckerberg tenait quelque chose avec Facematch, la version prématurée de Facebook qui permettait aux étudiants de Harvard de regarder les photos des partenaires potentiels qui habitaient près de chez eux. De même, pour envoyer un message sur Tinder, il faut également s’être «choisi» mutuellement, donc on ne se retrouve pas noyés sous des dizaines de messages que nous envoient les utilisateurs les plus «flippants»[1].

Messages courts et flirts gentils

Tinder a également fait tomber la barrière qui existe entre rencontrer quelqu’un en ligne et rencontrer cette personne dans la vraie vie. L’application se contente de vous montrer les options géographiques optimales qui s’offrent à vous, et son interface privilégie des messages courts et du flirt gentil plutôt que de longs discours romantiques, ce qui permet de préserver l’excitation de la rencontre et de tempérer les attentes irrationnelles.

Tandis que les questions de sites comme OKCupid vous permettent d’apprendre des informations importantes sur un partenaire potentiel (pour ou contre l’avortement? le mariage gay?), elles ne permettent pas de savoir si le courant passera entre deux personnes, ce qui n’est peut-être pas l’aspect le plus important d’une relation durable mais qui est sans aucun doute une nécessité pour que cette relation puisse exister au départ. Le caractère bref des échanges sur Tinder veut également dire que l’application est plus facilement intégrée dans notre vie quotidienne que l’entretien long et régulier d’un profil sur Match.com.

Toutefois, Tinder ressemble à une solution calée entre le ghetto des sites de rencontre et l’intégration totale d’Internet dans notre vie amoureuse. Pew a également découvert que la proportion des Américains connectés qui utilisent Internet pour flirter est en très forte augmentation: 24% des utilisateurs d’aujourd’hui ont déjà flirté avec quelqu’un sur Internet, contre 15% en 2005. Alors que les rencontres virtuelles deviennent de plus en plus communes, et moins désespérées, on devrait se sentir moins forcés de séparer nos occupations romantiques sur Internet de nos connexions habituelles sur des réseaux sociaux. Cela signifie que l’avenir de la rencontre en ligne sera plus proche du type de rencontre que nous avons toujours connu en craquant pour un collègue ou un ami d’ami en personne. Sans algorithme.

Amanda Hess

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers

[1] Pew indique également que 42% des utilisatrices de sites et 17% de leurs utilisateurs ont été en contact avec quelqu’un de «dérangeant ou perturbant» sur un site de rencontre. Retourner à l'article

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