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Quand les nazis euthanasiaient des milliers d'enfants malades

Temps de lecture : 2 min

La stèle en hommage aux victimes de Lüneburg, via Wikimedia Commons.
La stèle en hommage aux victimes de Lüneburg, via Wikimedia Commons.

C'est sur un aspect plutôt méconnu de la barbarie nazie que se penche aujourd'hui le quotidien Die Welt: le programme d'euthanasie mis en place par Hitler dans les hôpitaux du Troisième Reich pour supprimer malades et handicapés jugés trop encombrants.

Plus de 200.000 personnes auraient été euthanasiées à cette époque, parmi lesquelles au moins 5.000 enfants. Le personnel médical faisait croire aux familles que leurs enfants étaient morts des suites d'une maladie. En réalité, médecins et soignants tuaient à la chaîne, comme l'expliquait déjà Der Spiegel dans un article paru en 2006:

«Le troisième Reich comptait 30 départements spécialisés pour les enfants, comme on les appelait, dans lesquels les nazis orchestraient l'euthanasie des mineurs. […] Les hommes et les femmes en blouses blanches administraient des médicaments en surdose tels que le Luminal ou la morphine, et les enfants mouraient.»

Avec ce programme, Hitler voulait libérer des lits dans les hôpitaux pour soigner les soldats blessés, des vies plus précieuses à ses yeux. Il en avait eu l'idée des années avant le début de la Seconde Guerre mondiale, comme l'expliquait Der Spiegel:

«Déjà en 1935, lors du congrès du parti du Reich, Hitler avait annoncé le lancement d'un vaste programme d'euthanasie en cas de guerre. Les "inférieurs", les "existences qui représentaient un poids", les "mangeurs inutiles", comme ils étaient désignés de manière désobligeante dans le langage nazi, devaient être supprimés pour constituer un "corps social sain".»

Il n'était aussi pas rare qu'on laisse les petits patients mourir de faim et de soif. C'est ce qui est arrivé à Werner Wolters, un enfant de trois ans qui souffrait de rachitisme et qui avait été hospitalisé en 1941 dans le département spécialisé pour enfants de Lüneburg, un endroit digne d'un abattoir. D'après Die Welt, «rien que là-bas, entre 1941 et 1945, plus de 300 enfants moururent à cause du Luminal, plus de 100 par manque d'alimentation.»

Même si plusieurs recherches ont été menées sur ces crimes, beaucoup de familles allemandes ignorent encore la vérité. Ce n'est que des décennies plus tard que Bärbel Jahn la nièce de Werner Wolters, a découvert qu'il était décédé de cette façon, grâce à un article paru dans le journal local.

Les recherches menées actuellement à Lüneburg par l'historienne Carola Rudnick ont permis de retracer le destin de douze de ces petits patients livrés aux mains des nazis et d'informer leurs descendants. Comme elle l'explique à Die Welt:

«Pour certains, cela a ouvert une plaie douloureuse, pour d'autres des décennies de questions insistantes ont enfin trouvé des réponses.»

La clinique psychiatrique de Lüneburg, installée dans les locaux de l'ancien département spécialisé pour enfants, a érigé en 2004 un mémorial pour les victimes ainsi qu'une sépulture pour les restes des douze cadavres d'enfants retrouvés sur les lieux.

Annabelle Georgen Journaliste

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