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Le Luxembourg a un problème: faut-il apprendre le français plus tôt?

Laszlo Perelstein, mis à jour le 17.10.2013 à 12 h 07

Une classe à Denain, le 3 septembre 2013. REUTERS/Pascal Rossignol.

Une classe à Denain, le 3 septembre 2013. REUTERS/Pascal Rossignol.

Le 20 octobre, le Luxembourg connaîtra des élections législatives anticipées. Face à un taux de chômage à 7% (+18,7% sur un an en juillet 2013) qui fait tache dans le pays qui possède le plus gros PIB par habitant au monde, les partis politiques débattent de la possibilité d’enseigner le français comme langue principale dès le primaire afin de «promouvoir les chances de réussite des enfants étrangers», rapporte le journal local L’essentiel.

Actuellement, l’allemand est enseigné à tous les élèves dès 6 ans, qui apprennent à lire et à écrire. Le français est intégré au programme dès l’année suivante (CE1) mais la langue principale de l’enseignement reste l’allemand jusqu’à la 4e, où le français prend ensuite le pas. A partir du collège, les élèves luxembourgeois suivent également des cours en anglais. L’apprentissage des langues étrangères représentent 50% du total des matières des élèves du pays.

Une situation qui creuse les écarts de réussite puisque d’après une étude de Paul Pettinger et Linda Heggeur, enseignants dans une école francophone, les élèves étrangers ne représentaient en 2011 plus que 18,7% de l’effectif dans le secondaire classique (contre 42,7% dans les filières techniques et professionnelles) alors qu’ils comptent pour 47,6% de la population scolaire en primaire.

Pour des partis politiques aussi divers que le CSV (Parti populaire chrétien social, orienté à droite), le LSAP (Parti ouvrier socialiste luxembourgeois, orienté à gauche) ou le DP (Parti démocratique), permettre de suivre l’enseignement en français dès le primaire permettrait une «égalité des chances pour tous».

«Il n’est pas sûr qu’une alphabétisation en français arrange les choses, car pour beaucoup d’étrangers, ce n’est pas leur langue maternelle et leurs parents ne pourraient pas forcément mieux les aider», commente Daniel Rding, président de l’Association des professeurs de l’enseignement secondaire et supérieur (APESS), interrogé par L’Essentiel. Ce professeur craint une «plus grande ghettoïsation» et la création d’une «société à deux vitesses».

Une crainte partagée par Monique Adam, présidente de la Fédération générale des instituteurs luxembourgeois (FGIL):

«Pour l’intégration, il est important d’avoir une langue d’enseignement commune. […] Si on propose une scolarisation dans les deux langues, comment l’organise-t-on? Quand est-ce que les deux groupes se rejoignent? Je crains que ce soit le chaos dans les écoles.»

Près de 40% de la population globale du Luxembourg n’a pas la nationalité luxembourgeoise. D’après les statistiques de l’éducation nationale, pour 54,2% des enfants en primaire la langue la plus parlée est différente du luxembourgeois. La Statec (équivalent de l’Insee) rapporte dans une étude intitulée «Les langues parlées au travail, à l’école et/ou à la maison» que le luxembourgeois occupe la première place, utilisé par 70,5% de la population, devant le français (55,7%) et l’allemand (30,6%).

En France, où les élèves peinent à parler anglais, le gouvernement a proposé une loi rendant l’apprentissage en langue vivante obligatoire dès le CP, mettant en avant que «la précocité de l’exposition et de l’apprentissage en langue étrangère est un facteur avéré de progrès en la matière».

Le problème n’est toutefois pas le même au Luxembroug, puisque les jeunes élèves doivent rapidement être familiers avec deux langues étrangères (en CP pour l'allemand puis CE1 pour le français). Pour Monique Adam, un tel enseignement relève de l’impossible pour un enfant de 6 ans.

Laszlo Perelstein
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