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Les lobbyistes, stars discrètes des négociations de coalition en Allemagne

Annabelle Georgen, mis à jour le 15.10.2013 à 16 h 45

La chancellerie à Berlin / Arnold Paul via Wikimédia Commons.

La chancellerie à Berlin / Arnold Paul via Wikimédia Commons.

En Allemagne, depuis le 4 octobre, la CDU négocie à la fois avec le SPD et les Verts en vue d'une possible coalition gouvernementale avec l'un ou l'autre parti.

En règle générale, il faut un peu plus d'un mois aux deux partenaires potentiels d'une coalition pour trouver un compromis politique. Mais cela peut durer beaucoup plus longtemps: en 2005, la CDU et le SPD n'étaient parvenus à former une grande coalition qu'au bout de 65 jours de pourparlers. Étant donné qu'aujourd'hui, ce type de coalition semble à nouveau être l'alliance la plus probable, les négociations entre les deux partis risquent de s'étirer encore sur quelques semaines.

Pendant ce temps-là, les lobbies allemands ne chôment pas. Ces réunions de négociations représentent pour eux la phase la plus décisive des quatre années à venir, explique le quotidien Die Welt. Pour s'assurer que leurs intérêts seront représentés au sein de la future coalition, les branches de la finance, de la santé, de l'énergie, de l'industrie automobile et du tabac, ou encore les professionnels des jeux d'argent, envoient leurs émissaires auprès des négociateurs de chaque parti:

«Ils doivent faire entrer de toutes leurs forces leurs positions dans le contrat de coalition, ou mieux, participer directement à l'écriture de formulations concrètes dans le nouvel accord gouvernemental.»

Comme l'explique un lobbyiste ayant voulu garder l'anonymat à Die Welt:

«La plus grande réussite pour notre entreprise, c'est quand un responsable politique vend notre idée comme étant la sienne.»

L'influence des lobbies du monde de l'industrie et des affaires sur la sphère politique est un phénomène ancien, mais qui a beaucoup changé depuis la Réunification car il est devenu plus opaque. Edda Müller, membre de l'ONG Transparency International, voit dans cette influence grandissante des lobbies sur le gouvernement et le Bundestag une conséquence de la fainéantise et d'un certain laxisme chez les responsables politiques:

«Les lobbyistes sont plus influents qu'autrefois car la sphère politique ne remplit pas ses devoirs et n'édicte pas suffisamment de règles fermes dans le domaine de l'économie.»

Il est par exemple arrivé par le passé que des représentants de la société qui exploite l'aéroport de Francfort, Fraport, soient embauchés par le ministère fédéral des Transports et participent à l'élaboration d'une loi très favorable aux intérêts de leur société.

Sous la grande coalition, un député du SPD, qui plaidait pour une loi de protection des non-fumeurs, a été troublé par la présence d'un document qu'il lui semblait avoir déjà vu dans le dossier distribué aux membres de son groupe parlementaire lors d'une réunion de travail. Il s'agissait d'un document émanant du lobby de l'industrie du tabac, qui listait ses revendications et qui avait visiblement été copié-collé par l'un de ses collaborateurs comme s'il s'agissait d'un document interne...

Berlin compte aujourd'hui près de 5.000 lobbyistes, qui participent de plus en plus activement à la politique. Certains d'entre eux ont même leur bureau au sein des ministères.

Face aux critiques soulevées par cette collusion entre le politique et les intérêts privés, le nombre d'embauches de lobbyistes, recrutés comme des experts, a baissé ces dernières années. Aujourd'hui, 39 lobbyistes travaillent pour les ministères allemands, rapporte le quotidien Hamburger Abendblatt, alors qu'il y a quelques années, ces «employés externes», comme on les appelle dans le jargon gouvernemental, étaient plus d'une centaine.

Annabelle Georgen
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