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Révélations sur la dernière bataille de la présidence de George W. Bush

Temps de lecture : 2 min

George W. Bush et Dick Cheney, le 20 janvier 2009, lors de l'investiture de Barack Obama. REUTERS/Jason Reed.
George W. Bush et Dick Cheney, le 20 janvier 2009, lors de l'investiture de Barack Obama. REUTERS/Jason Reed.

Si vous avez vu la série A la Maison Blanche, vous vous souvenez peut-être des derniers jours de pouvoir du président Josiah Bartlet (Martin Sheen), où on le voit longuement hésiter à signer une grâce présidentielle en faveur de son ancien conseiller Toby Ziegler (Richard Schiff), accusé d’avoir fait fuiter dans la presse des informations sur une navette de la Nasa.

Et bien, d’une certaine façon, les derniers jours de la présidence Bush Jr. ont un peu ressemblé à cela, si l’on en croit un long article publié dans le New York Times Magazine par Peter Baker, qui suit la Maison Blanche pour le quotidien américain.

Adapté de son livre à paraître Days of Fire: Bush and Cheney in the White House, l’article raconte comment George W. Bush et son vice-président Dick Cheney se sont déchirés, fin 2008-début 2009, sur le sort juridique d’un des anciens conseillers de ce dernier, Lewis «Scooter» Libby:

«Pendant les derniers jours de sa présidence, George W. Bush s’est assis derrière sa table dans le Bureau ovale, mâchant du chewing-gum et regardant deux avocats de la Maison Blanche le briefer sur une possible grâce pour I. Lewis Libby.»

En mai 2007, Libby, ancien secrétaire général de Cheney, avait été condamné à deux ans et demi de prison pour avoir menti à des enquêteurs au sujet des conditions de la révélation dans les médias du statut d’agente de la CIA sous couverture de Valerie Plame, l'épouse de Joseph Wilson, un ancien ambassadeur qui s’était signalé par son opposition ouverte à la guerre en Irak.

Un «Plamegate» qui avait fait grand bruit et à l’époque et a donné lieu en 2010 à un film sélectionné au Festival de Cannes, Fair Game de Doug Liman, avec Naomi Watts et Sean Penn dans les rôles des époux Wilson.

Libby n’était pas poursuivi pour être la source de la fuite initiale dans les médias (il s’agissait de Richard Armitage, l'adjoint du secrétaire d'Etat Colin Powell) mais pour avoir menti aux enquêteurs sur les conditions dans lesquelles il avait appris la véritable fonction de Valerie Plame. Dick Cheney a passé ses derniers mois comme vice-président à harceler Bush, qui avait déjà prononcé une mesure de clémence envers Libby afin qu'il évite la prison, pour qu’il le grâcie carrément, mais les avocats de la Maison Blanche ont expliqué au président que la condamnation était justifiée.

Il restait alors à Bush à annoncer à Cheney qu’il n’y aurait pas de grâce —«le genre de tâche déplaisante, note avec ironie Peter Baker, qu’il avait laissé pendant huit ans à Cheney», par exemple quand il fallait virer un cadre de l’administration. Ce fut fait le 15 janvier 2009, cinq jours seulement avant l’intronisation d’Obama, lors d’un déjeuner. Réponse de Cheney:

«Vous abandonnez un homme de valeur sur le champ de bataille.»

Bush a néanmoins continué ensuite à douter de sa décision, notamment lors d’un week-end en famille à Camp David, au point que le lobbying de Cheney et Libby a continué. Sa décision n’a été définitivement prise que le 19 janvier 2009. Et le lendemain, lors d’un trajet en voiture avec Barack Obama de la Maison Blanche jusqu’au Capitole, celui qui n'était plus président que pour quelques minutes a conseillé à son successeur de «fixer une politique de grâces dès le départ et de s’y tenir».

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