Allemagne / Monde

Le nouveau livre de «Christiane F.» va-t-il casser le mythe?

Temps de lecture : 3 min

Détail de la photo de couverture du livre «Moi, Christiane F., la vie malgré tout».
Détail de la photo de couverture du livre «Moi, Christiane F., la vie malgré tout».

A 51 ans, Christiane Felscherinow revient sur le devant de la scène pour raconter sa «deuxième vie», celle qui commence là où s'achève son autobiographie Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… Son nouveau livre est paru ce jeudi 10 octobre en Allemagne et sortira le 16 octobre en français sous le titre Moi, Christiane F., la vie malgré tout (Flammarion).

Trente-cinq ans après la parution du best-seller qui a fait palpiter des générations entières d'adolescents s'ennuyant dans leur chambre, la junkie la plus célèbre d'Allemagne s'apprêterait-elle à perdre son statut d'icône? Car loin d'avoir joué un rôle de repoussoir, le récit sans fard de son addiction à l'héroïne a fasciné des millions de jeunes émus par son sort, mais captivés par sa vie à 100 à l'heure. Il suffit de jeter un œil sur le paquet de groupes et de pages dédiés à Christiane F. sur Facebook pour se rendre compte qu'elle est devenue une sorte de Kurt Cobain sans guitare.

Pour certains, Christiane F. est même devenue un modèle, comme l'écrit la journaliste Andrea Fischer, elle-même fan dans sa jeunesse de la belle droguée au regard d'absinthe sur le site du quotidien suisse Tages Anzeiger:

«Ce livre aurait pu peut-être me servir à quelque chose autrefois: l'actualisation de l'histoire de la vie de Christiane F. Les vieux junkies et les ex-junkies ne sont vraiment pas attirants et pas ce que les teenagers ont envie de devenir quand ils seront grands. Celui qui regarde aujourd'hui Christiane F., la princesse de l'héroïne de Wir Kinder vom Bahnhof-Zoo [le titre original du premier livre, ndlr], n'a plus une icône devant lui mais une femme d'une cinquantaine d'années aux traits marqués par la vie, chez qui on voit qu'elle a vu beaucoup de choses et beaucoup fumé et qu'elle tutoie les duretés de la vie. Sympathique, mais rien de plus. […] Je ne comprends d'abord plus pourquoi je voulais être comme elle autrefois, jusqu'à ce que soient diffusées des images de l'époque à laquelle chacun, en Europe, connaissait la belle jeune fille de Berlin. Là, j'ai su à nouveau pourquoi nous l'aimions: elle était cool. Ou bien ce que nous considérions comme tel.»

Après avoir vu le film tiré du livre avec son père, qui pensait accomplir son rôle pédagogique, Andrea Fischer s'était fixé pour objectif de devenir une junkie:

«La jeune Christiane et son double dans le film avaient l'air sacrément bien. Et je vénérais leur mépris de la mort et leur curiosité pour l'interdit, leur attitude "Va te faire foutre". J'ai décidé de devenir aussi une shootée.»

Ce sont finalement plusieurs décès dû à l'héroïne survenus dans son entourage qui lui ont fait rebrousser chemin. Un autre lecteur du livre, sur la page Facebook officielle de Christiane F., commente de cette façon la sortie du livre:

«… suis très impatient, autrefois cela a nettement déchaîné ma passion pour les états morphiniques... cela me ferait plaisir si nous pouvions discuter... est-ce possible?»

Si la majorité des lecteurs du récit des mésaventures de Christiane F. n'ont bien sûr pas marché dans ses pas, beaucoup lui sont restés fidèles. Partout dans le monde, et surtout en Allemagne, où la presse a toujours continué à la suivre de près, à informer le grand public sur ses rechutes, sur ses déboires judiciaires et sentimentaux, jusqu'à friser le harcèlement. Christiane Felscherinow est devenue une célébrité, un mythe, une experte invitée dans les émissions sur la drogue.

Elle est devenue une sorte de petite sœur pour des millions d'Allemands, de qui on prend régulièrement des nouvelles, sur laquelle on veille, pour laquelle on se fait du souci. Christiane Felscherinow a d'ailleurs un tel fan club qu'une édition spéciale fans, envoyée dix jours avant la parution du livre, a été lancée par sa maison d'édition allemande. Sur sa page Facebook officielle, ouverte en août dernier pour la promo du livre, on peut lire des messages d'encouragement par dizaines. Comme celui-ci:

«Quelle vie. Quelles expériences. Même si beaucoup de souffrance et de douleur étaient de la partie: tu as vécu, Christiane. Tu as eu des expériences, aimé, souffert. Mais tu as a éprouvé des sentiments, tu en éprouves. Tu as tellement plus vécu que ceux qui t'ont condamnée et chassée.»

Si le nouveau récit de ses errements et de ses erreurs répétées ne coupera pas Christiane Felscherinow de ses fans, le mythe Christiane F. devrait lui en prendre un sacré coup.

Annabelle Georgen Journaliste

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