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Les méduses, l'invasion qui vient

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 08.10.2013 à 11 h 24

Jellyfish in the Aquarium at the California Science Center, Los Angeles, CA / Ron Reiring via Flickr CC Licence By

Jellyfish in the Aquarium at the California Science Center, Los Angeles, CA / Ron Reiring via Flickr CC Licence By

Au début du mois d’octobre, le plus gros réacteur de centrale nucléaire de Suède a été stoppé par une invasion de méduses bleues dans les tuyaux de refroidissement de la centrale, située sur la côte de la mer Baltique, précise le site RT. Et ce n’est pas la première fois que les méduses mettent à mal une installation nucléaire. L’Ecosse, les Etats-Unis, Israël, le Japon ont déjà connu des incidents similaires.

Selon le site de NBC, la «jellypocalypse», ou apocalypse des méduses, est proche. Le phénomène est observé dans plusieurs parties du monde.

Chaque été depuis le début des années 2000, les pêcheurs japonais attrapent des méduses de Nomura, monstres de 200 kilos et de la taille d’une Smart, dans leurs filets… Il y a 30 ans, la surpêche a anéanti la population de sardines de la côte de Namibie, explique le chercheur Mark Gibbons de l’université de Western Cap (Afrique du Sud), et les méduses ont pris leurs spots!

Sur les côtes turques et grecques, des méduses nomades traversent le canal de Suez depuis l’Océan Indien, et arrivent à présent jusqu’au niveau de la Tunisie…

Pire, les petits polypes, avant de devenir grands, utilisent les plateformes pétrolières ou gazières offshore comme des nids pour pulluler. Une étude d’Alenka Malej, spécialiste des méduses à l’institut national de biologie en Slovénie, montre que les méduses prolifèrent autour de ces plateformes de l’Adriatique, qui n’étaient qu’une poignée dans les années 1960 et sont à présent plus de 120.

Enfin, le réchauffement des mers constitue un environnement favorable à la pullulation des jeunes méduses.

Comment empêcher l’invasion? L’Advanced Institute of Science and Technology de Corée a mis en place un robot déchiqueteur de méduses, qui les décime au rythme impressionnant de 900 kg par heure (voir la vidéo ci-dessous).

S’il y a tant de méduses, mangeons-les, proposent d’autres chercheurs: elles sont peu grasses et pleines de protéines.

Lucas Brotz, en thèse à l’université de Colombie britannique, décrit ainsi leurs vertus gastronomiques —certes limitées.

«Il n’y a pas vraiment de saveur, c’est plus une question de texture. C’est une sensation intéressante entre le croustillant et le mou, un peu comme des pates al dente, ou à moitié cuites.»

Comme Slate l'écrivait en 2011, les chercheurs s'inquiètent depuis plusieurs années de cette prolifération. Robert Condon, de l’institut des sciences marines de Virginie, expliquait alors dans News Wise:

«Nous sommes encore loin d’une domination du monde par les méduses, mais les Hommes ont changé la chaîne alimentaire dans l’océan par leurs activités. […] Nous ne savons pas encore quel sera le résultat. Nous devons être prudents.»

Le New York Times atténue cependant un peu ce méduse-bashing dans un article consacré au mouvement de propulsion en deux temps qui lui permet de nager: or selon une étude récente, le deuxième mouvement est purement mécanique et lui demande très peu d'énergie, ce qui fait d'elle une des meilleures nageuses au monde. Sa manière de se mouvoir pourrait même inspirer la marine américaine.

Cependant, précise le quotidien, cette économie d'énergie est aussi ce qui pourrait expliquer que la méduse consacre autant de temps à se reproduire et proliférer: retour à la case départ...

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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