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Science invente un faux chercheur et berne les pseudo-revues scientifiques

Temps de lecture : 2 min

Science buzz!!! / Unhindered by Talent via Flickr CC Licence By
Science buzz!!! / Unhindered by Talent via Flickr CC Licence By

Un journaliste du prestigieux magazine Science, John Bohannon, vient de publier une enquête accablante sur les dérives du système de publication d'articles scientifiques en «open accès» (accès libre). Inventant un faux professeur de biologie de l’Institut de Médecine d’Asmara, Ocorrafoo Cobange, le journaliste a écrit un faux article scientifique sur une molécule capable de lutter contre le cancer.

N’importe quel relecteur avec un niveau supérieur au lycée en chimie et la capacité à comprendre des données basiques aurait dû voir immédiatement que cet article n’avait aucune valeur scientifique. Le journaliste a passé 10 mois à soumettre 304 fois son article à des revues en open-access: plus de la moitié des revues l’ont accepté. Il vient d’être publié dans le Journal of Natural Pharmaceuticals.

Depuis le début des années 2000 et le développement d’Internet, le modèle dit open access, ou libre accès, s’est popularisé. Un véritable «Far west émergeant de la publication académique», écrit Science. Rien qu'en 2012, 1.000 nouveautés ont été inscrites au DOAJ, qui recense les revues en open-access.

«De débuts modestes et idéalistes il y a une décennie, écrit-il, les revues scientifiques en open access ont évolué pour devenir une industrie globale, fonctionnant par les frais payés par les auteurs plutôt que par les traditionnelles abonnements.»

John Bohannon raconte comment l’idée de ce canular scientifique lui est venue. Il a découvert la société d’édition Scientific & Academic Publishing Co. ou SAP, qui édite 200 revues. Une chercheuse nigérienne lui explique alors qu’elle a dû payer 150 dollars pour être publiée dans une de ces publications.

Le journaliste s'est penché au hasard sur une des nombreuses revues de la société, l’American Journal of Polymer Science, une sorte de pastiche d’une autre revue, sérieuse quant à elle: le Journal of Polymer Science. L’adresse de la revue est une intersection de deux autoroutes à Los Angeles... Maria Raimo, une chimiste de Naples qui a été relectrice pour la revue, lui a expliqué qu’elle n’avait reçu qu’un seul article à relire en 4 mois. «J’ai cru qu’il s’agissait d’une blague», a-t-elle admis, tellement l’article était mauvais. Malgré ses mises en garde, la revue a publié l'article.

L’idéal d’une science partagée par tous se tranforme ainsi en cauchemar, comme l’explique le journaliste de Libération Sylvestre Huet sur son blog Sciences2: «Les revues en accès libre ont aussi fait l'objet d'une prédation capitaliste», résume-t-il. Et pas pour le meilleur.

«Des sociétés privées ont fondé en quelques années des milliers de revues. […] Elles ont constitué des comités éditoriaux et recruté des "reviewers" en inondant de spam des milliers de chercheurs à travers le monde. Ces revues n'ont en réalité, malgré les proclamations, aucune qualité scientifique, et peuvent publier absolument n'importe quoi: de la science non seulement médiocre, mais pathologique, mensongère, voire des purs canulars comme vient de le prouver Science

Les chercheurs français, poursuit Sylvestre Huet, sont littéralement spammés à longueur de journée par ces revues douteuses qui cherchent des relecteurs scientifiquement crédibles pour asseoir leur notoriété et leur crédibilité.

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L'enquête de Science a aussi permis de revenir sur quelques idées reçues. Car dans la masse des nouvelles revues en open-access, il n'y a évidemment pas que de mauvaises choses. «Certaines revues en open-access qui ont été critiquées pour la faible qualité de leur contrôle ont effectué l'évaluation par les pairs la plus rigoureuse de toutes», précise John Bohannon à propos d'une revue, PLoS One, qui invente un nouveau modèle de validation des articles et suscite des débats sur sa crédibilité depuis son lancement.

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