MondeAllemagne

Pourquoi les Allemands ne célèbrent pas leur fête nationale

Annabelle Georgen, mis à jour le 03.10.2013 à 16 h 41

Un drapeau allemand sur le Bundestag, le 2 octobre 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch.

Un drapeau allemand sur le Bundestag, le 2 octobre 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch.

Ce jeudi 3 octobre est férié en Allemagne: c'est le «jour de l'Unité allemande». Depuis 1990, les Allemands commémorent chaque année à cette date la Réunification de leur pays.

Commémorent plutôt que célèbrent, car de liesse populaire, il n'y a point. Dans la plupart des villes allemandes, les rues sont désertes, comme si c'était dimanche. Le jour de l'Unité allemande n'a en effet rien à voir avec notre 14-Juillet ou encore avec la fête de l'Indépendance aux États-Unis, comme l'explique le journaliste Klaus Kelle dans l'hebdomadaire Focus:

«A qui, par exemple, a vu une fois comment les Américains célèbrent leur 4 juillet, il apparaît clairement quel rapport détaché nous avons, nous, Allemands, à notre pays et à son histoire. Quand les Américains fêtent leur jour de l'Indépendance, il s'agit d'une véritable fête populaire. Dans chaque ville, dans chaque parc ont lieu de grandes fêtes. […] Bien entendu, ce n'est pas organisé par l'État ou par un parti. Quand il s'agit de leur pays, le fait que quelqu'un soit démocrate ou républicain, vieux ou jeune, riche ou pauvre ne joue aucun rôle pendant une journée.»

En Allemagne, au contraire, les célébrations du 3 octobre sont organisées par l'État. Cette année, c'est à Stuttgart que la chancelière Angela Merkel et le président Joachim Gauck commémorent le jour de l'Unité allemande. Les festivités attirent moins les foules que l'Oktoberfest de Munich, où la bière continue de couler à flot.

Pour Klaus Kelle, ce renoncement des Allemands à célébrer leur nation puise sa source dans le sentiment de culpabilité vis-à-vis de la terreur nazie, solidement ancré dans leur conscience collective. Plus pragmatique, le quotidien Die Welt estime que ce désintérêt est lié au fait que la réunification de l'Allemagne en 1990 a contrarié beaucoup d'Allemands de l'Ouest. Comme l'écrit le journaliste Alan Posener:

«Un jour seulement après la Réunification, j'étais à Stuttgart et j'ai dû entendre des plaintes au sujet des nombreuses Trabant qui allaient boucher les autoroutes de toute part [...]

Avant la réunification, les Allemands de l'Ouest avaient pour fête nationale le 17 juin, en hommage aux émeutes dont Berlin-Est a été le théâtre en 1953. Les citoyens de la jeune RDA étaient descendus dans la rue pour se plaindre de leurs conditions de vie et de travail. A l'Est, la fête nationale était célébrée le 7 octobre, jour de fondation de la République démocratique en 1949.

Cette fête du 3 octobre est si impopulaire que Gerhard Schröder avait même songé à l'abandonner il y a quelques années. Il voulait qu'elle ait systématiquement lieu le dimanche pour gagner un jour de travail. En s'attaquant à ce symbole de la nouvelle Allemagne, le chancelier social-démocrate de l'époque avait déclenché un tollé au sein du gouvernement et sa proposition n'a jamais été adoptée.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte