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Une enquête journalistique à 560.000 euros

Temps de lecture : 2 min

La dernière enquête du site ProPublica, sur les dangers du Tylenol, a demandé deux ans de travail et 560.000 euros.

Les journalistes de ProPublica qui ont écrit la série «Overdose». ProPublica via Flickr CC License by.

ProPublica a publié une série d’articles d’investigation sur les dangers de l’acetaminophen (paracetamol), l’un des analgésiques les plus populaires aux Etats-Unis. Cette molécule est le principe actif du Tylenol, médicament en vente libre considéré comme inoffensif à faible dose. Mais en grande quantité, notamment en cas de mélange avec de l’alcool, ce médicament peut endommager voire détruire le foie.

Pourtant, Mc Neil, le laboratoire qui le commercialise, a longtemps insisté sur le fait que le médicament est sûr et ses spots publicitaires largement vanté l’anti-douleur «le plus utilisé par les hôpitaux». Le packaging du Tylenol met en valeur un «soulagement rapide et sûr pour la santé». Or, ce médicament n'est pas sans risque –ce que savaient Mc Neil et la Food and Drug and Administration (FDA), l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, chargée notamment d’autoriser la commercialisation d’un médicament. Plus de 1.500 personnes aux Etats-Unis sont mortes d’une overdose de Tylenol.

Cette enquête majeure –disponible gratuitement– a pris deux ans et coûté plus de 750.000 dollars (560.000 euros). Depuis sa fondation en 2007, ProPublica, «rédaction web indépendante à but non-lucratif dédiée au journalisme d’investigation de service public», a fourni une quantité d’articles d’une qualité exemplaire, «ce qui est vraiment impressionnant quand on sait que son effectif total est de 40 personnes, dont 23 journalistes», souligne The Atlantic, qui s’interroge sur le financement que «la société doit trouver pour garantir» un journalisme «qui peut sauver des vies».

Le Pew Research Center et la Knight Foundation ont organisé une table ronde en septembre dernier rassemblant les représentants de grands sites d’informations et de pourvoyeurs de fonds (dont la Fondation Bill and Melinda Gates) pour évaluer la façon dont ces organisations à but non-lucratif peuvent se développer grâce notamment à la philanthropie ou aux sponsors. Si un certain nombre de projets ont dû être abandonnés faute de financement, en juin 2013, selon une étude du Pew, on recensait 172 sites d’information à but non-lucratif aux Etats-Unis. Parmi eux, certains sont encore trop petits pour être considéré comme viables. Mais les réussites des sites les plus grands, comme ProPublica, le Center for Public Integrity ou le Center for Investigative Reporting, indiquent clairement que le concept gagne du terrain.

«Les grands gagnants de l’économie numérique», comme Apple, Google, AT&T, Verizon, font des dizaines de millions de dollars de profit par trimestre, conclut Steve Waldman, le fondateur du Daily Bridge Media selon l’Institut Poynter. «S’ils reversaient même une part infime de leur richesse [dans le journalisme de qualité, qui est l’un des piliers de leur industrie], tout le secteur en serait transformé.»

Caroline Piquet

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