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Les Etats-Unis bientôt sans anesthésique à cause de la peine de mort?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 02.10.2013 à 11 h 54

Chambre d'exécution de Karla Faye Tucker, exécutée le 3 février 1998, à Huntsville

Chambre d'exécution de Karla Faye Tucker, exécutée le 3 février 1998, à Huntsville

Le propofol est un anesthésique fréquemment utilisé dans les blocs opératoires. C’est un anesthésiant rapide, apprécié dans les hôpitaux parce que les patients se réveillent ensuite plus vite et avec moins d’effets secondaires.

Mais administré à très haute dose, c’est aussi une méthode efficace pour exécuter quelqu’un (c’est aussi la cause de la mort de Michael Jackson). C’est ainsi que dans l’Etat du Missouri, écrit le Pacific Standard, le condamné Allen Nicklasson sera exécuté le 23 octobre de cette manière. Cette utilisation du propofol dans le cadre de la peine capitale est une première aux Etats-Unis.

Et cette décision pourrait mettre en péril l’exportation de propofol dans un but médical vers les Etats-Unis. Plus de 50 millions d’ampoules de propofol sont utilisées chaque année dans les hôpitaux américains, et 85% de l’approvisionnement vient du laboratoire allemand Fresenius Kabi: ce dernier refuse de livrer le médicament à toute institution pénale américaine.

Un règlement de l’Union européenne de 2005 va plus loin. Il stipule qu’«une autorisation est exigée pour l’exportation des biens susceptibles d’être utilisés en vue d’infliger la torture ou d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, quelle que soit la provenance de ces biens».

Selon la porte-parole de l’Union, Maja Kocijancic, l’Europe réfléchirait à un contrôle et non à une interdiction totale, écrit le Denver Post.

L’association des anesthésistes du Missouri a mis très clairement en garde l’Etat dans un communiqué:

«Si le Missouri utilise cet anesthésique pour une seule injection létale, plus de 15.000 hôpitaux, cliniques et centre de santé à travers le pays risquent de perdre leur approvisionnement de propofol en bloc opératoire.»

C’est pourtant pour résoudre un précédent problème d’approvisionnement que le Missouri avait décidé de se tourner vers le propofol.

Car comme l’explique le Guardian, les Etats américains qui pratiquent la peine de mort sont presque tous en rupture de stock de pentobarbital, le barbiturique qu’ils utilisaient jusqu’à présent... Le fabricant danois ayant décidé d’arrêter l’exportation du médicament pour les mêmes raisons que le laboratoire allemand de propofol et l’Union européenne. L’Ohio vient d’utiliser sa dernière dose, et le Texas devrait être en rupture de stock en octobre.

Les Etats-Unis, déjà frappés par le «shutdown», se retrouvent dans la situation improbable d’un «moratoire par défaut» sur la peine de mort, comme le formule dans The Guardian la spécialiste Deborah Denno, de l’université de Fordham.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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