Économie / Monde

Pour comprendre le «Shutdown» du gouvernement américain, revoyez «A la Maison Blanche»

Temps de lecture : 2 min

Faute d'un accord au Congrès lundi soir sur le vote d'un budget, la cessation partielle d'activité de l'administration fédérale est devenue inévitable. Plus de 800.000 fonctionnaires fédéraux sur un total de plus de deux millions seront en congés forcés sans solde mardi matin.

Vous n’avez pas tout compris à la possible fermeture provisoire (shutdown) qui menace actuellement le gouvernement fédéral américain? Un conseil: revoyez le huitième épisode, d'ailleurs intitulé Shutdown, de la cinquième saison de A la Maison Blanche, la série créée par Aaron Sorkin.

Tourné en 2003, il montre le président démocrate Jed Bartlet (Martin Sheen) aller au clash avec l’ambitieux président républicain de la Chambre des représentants, Jeff Haffley. Alors que les deux camps pensaient avoir conclu un accord budgétaire provisoire (ce que les Américains appellent une continuing resolution) sur une baisse de 1% des dépenses gouvernementales hors Défense et sécurité nationale, les Républicains réclament brusquement que celle-ci passe à 3%.

Refus de la Maison Blanche. Réponse du speaker:

«Soyons clairs, monsieur. Vous serez tenu responsable de l’interruption de fonctionnement du gouvernement fédéral.
— Allons-y, alors.»

A l'époque, les scénaristes de la série s'inspiraient du duel entre Bill Clinton et le président fraîchement élu de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, qui avait conduit à une interruption de fonctionnement du gouvernement fédéral fin 1995-début 1996.

Aujourd'hui, c'est un autre président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, qui est comparé à Haffley, et Obama à Bartlet.

A la revoyure, A la Maison Blanche nous donne par ailleurs une vision assez détaillée de ce à quoi pourrait ressembler un shutdown en 2013.

Le Washington Post nous explique que trois quarts des employés de la Maison Blanche seraient au chômage technique? Une des première scènes de l’épisode les montre, rassemblés dans une pièce, se voir dire par le secrétaire général de la présidence, Leo McGarry, que tous les employés «non-essentiels» sont priés de rentrer chez eux pour une durée indéterminée.

Les services de communication de la présidence veulent ensuite lancer un plan média pour accuser le camp républicain, mais doivent faire avec les moyens du bord: le service des statistiques a été renvoyé chez lui, les petites mains du service de presse aussi… Et on vous passe les désagréments du quotidien: «Nous avons besoin de café, vous savez où nous pouvons en trouver?», lance Will Bailey, un des principaux conseillers du président.

Les agences gouvernementales sont aujourd'hui menacées de fortement réduire leurs activités? Dans la série aussi, des problèmes substantiels se posent: on apprend ainsi, au détour d’une ligne de dialogue, que l’agence de protection de l’environnement se voit contrainte de suspendre 60% de ses inspections, ou encore que les vétérans de l’armée américaine ne peuvent voir traiter leur dossier d’aides immobilières. Même si les services publics essentiels restent ouverts, comme les chemins de fer, les tribunaux, les prisons, la surveillance des frontières, la météo ou l’hygiène alimentaire...

Pour dénouer la situation, dans la fiction, le président des Etats-Unis se voit contraint, d’abord de se rendre lui-même à pied jusqu’au Congrès depuis la Maison Blanche, pour un rendez-vous avorté avec le président de la Chambre des représentants, qui perd du coup le soutien de l'opinion; puis d’avoir une discussion avec ce dernier dans le Bureau ovale, où il menace, pour obtenir gain de cause, de maintenir l'interruption de fonctionnement du gouvernement fédéral, sa popularité dut elle descendre «à un niveau à un chiffre».

Car le shutdown, c’est une partie de poker où il faut savoir jusqu'où aller trop loin. L'analogie, qu'ont faite ces derniers jours des élus ou consultants républicains, se trouvait déjà dans A la Maison blanche: comme le résumait un conseiller démocrate dans une scène, «avec ces gars-là, soit vous vous couchez, soit vous faites tapis au bout face à eux».

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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