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Etourdi, dragueur, dépassé par sa fonction: une biographie au vitriol du très populaire président allemand Joachim Gauck

Annabelle Georgen, mis à jour le 02.10.2013 à 12 h 35

Joachim Gauck, le 5 septembre 2013. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Joachim Gauck, le 5 septembre 2013. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Joachim Gauck, qui fait figure d'autorité morale en Allemagne, serait «dépassé» par l'ampleur des tâches qui lui incombent. C'est ce que laisse entendre une biographie du président allemand à paraître début octobre, dont Der Spiegel a publié des extraits en exclusivité dans son édition papier.

Sous la plume de Mario Frank, auteur de plusieurs ouvrages biographiques, tels le célèbre Hitler, la chute, et ex-directeur de la maison d'édition du Spiegel, l'image de grand homme de Joachim Gauck s'effrite. Du haut de ses 73 ans, le président allemand serait accablé par les «exigences physiques et psychiques de la fonction». Quelques mois après son élection en mars 2012, ce dernier aurait d'ailleurs déclaré que «cela ne doit pas continuer à ce tempo et avec cette intensité».

Son ancienne secrétaire, citée dans la biographie, pointe son «étourderie», comme le rapporte Der Spiegel:

«Une fois, Gauck a oublié son agenda dans le train, une autre fois les clefs de sa maison dans le bac en plastique lors des contrôles à l'aéroport, ou le sac contenant ses dossiers sur la banquette du taxi.»

Une image qui contraste fortement avec celle qu'ont les Allemands de Joachim Gauck. Cet ancien pasteur, opposant au régime communiste du temps de l'ex-RDA, est devenu directeur des archives de la Stasi à la Réunification, qu'il a dirigées durant une décennie. Son charisme, sa présence très «force tranquille» et ses grandes capacités d'orateur font de lui une personnalité à la fois très populaire et très respectée en Allemagne.

L'auteur, qui a mené une dizaine d'entretiens avec Joachim Gauck, dont certains de plus de cinq heures, livre également des détails sur la vie intime du président. Du jamais vu dans les biographies de chefs d'État allemands. On y apprend notamment qu'il aurait «de grandes affinités avec les femmes». D'après une de ses amies de jeunesse:

«Il peut être terriblement dragueur. Et cela lui est complètement égal de savoir quel âge a la femme.»

Joachim Gauck s'en défend dans le livre, expliquant qu'«entre quarante et cinquante ans, j'ai lu beaucoup de livres sur la psychologie et les questions de couple, venant surtout de l'Ouest. […] Je pouvais surtout parler de ces questions et de ces sujets avec des femmes».

Mario Frank relate également que des bruits couraient autrefois selon lesquels Joachim Gauck était bisexuel, et qu'il aurait entretenu une liaison avec son ancien porte-parole, détail qui n'a pas échappé au tabloïd Bild. Ce que Joachim Gauck réfute, arguant que le colportage de ce genre de rumeurs faisait partie des méthodes utilisées par la Stasi à l'époque.

Du passé du chef de l'État allemand en ex-RDA, il en est également question dans cette biographie. D'après l'auteur, alors que Joachim Gauck est considéré comme un adversaire du régime communiste, il aurait cependant joui de privilèges normalement réservés aux citoyens proches du pouvoir au temps du Mur. L'ancien pasteur aurait par exemple détenu deux passeports, alors que la plupart des citoyens d'ex-RDA n'en possédaient pas, et il aurait obtenu «onze fois l'autorisation de se rendre à Berlin-Ouest ou en RFA» entre 1987 et 1989.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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