Lu, Vu & EntenduMonde

Cinq raisons pour ne pas faire confiance à l’Iran et à Rohani

Slate.fr, mis à jour le 28.09.2013 à 11 h 10

Hassan Rohani, au centre avec le turban blanc, en visite au mausolée de l'iman Khomeini à Téhéran, le 16 juin 2013. Reuters/Fars News/Seyed Hassan Mousavi

Hassan Rohani, au centre avec le turban blanc, en visite au mausolée de l'iman Khomeini à Téhéran, le 16 juin 2013. Reuters/Fars News/Seyed Hassan Mousavi

Le Président iranien Hassan Rohani a réussi un petit exploit: convaincre par quelques sourires et quelques phrases apaisantes, par une rencontre avec François Hollande et une conversation téléphonique avec Barack Obama que la République islamique d’Iran n’a que des intentions pacifiques et que son programme nucléaire, qui est seulement civil - ce que personne ne croit - est négociable. Il semble bien que les sanctions économiques ont tellement affaiblie l’économie du pays que son Président nouvellement élu tente par tous les moyens de les faire lever.

Mais les médias occidentaux et les commentateurs, qui se réjouissent aujourd’hui à l’unisson de perspectives de négociations, semblent avoir la mémoire courte. Ils semblent avoir totalement oublié le passé trouble de Hassan Rohani, impliqué dans l’attentat antisémite de Buenos Aires de 1984 qui a fait 85 morts, et plus encore le rôle majeur joué par l’Iran pour constituer l’arsenal chimique et maintenir en vie le régime assassin de Bachar el-Assad.

A contre-courant de l’optimisme béat, Jeffrey Goldberg, chroniqueur de l’agence Bloomberg, explique qu’il faut négocier avec l’Iran et tester la bonne volonté de Téhéran mais qu’il ne faut pas prendre ses désirs pour la réalité et qu’il existe cinq raisons majeures pour ne surtout pas faire confiance à la République islamique et à son angélique nouveau Président.

Il souligne que l’offensive de charme de Hassan Rohani est directement liée au fait que les sanctions économiques ont tellement affaibli le régime et accru son impopularité, déjà démontrée par les révoltes de 2009, qu’il lui faut obtenir une plus grande bienveillance occidentale et américaine. Que la stratégie iranienne consiste aujourd’hui à diviser les occidentaux, déjà peu résolus à contraindre et sanctionner les régimes dangereux comme le montre le recul face à la Syrie. Téhéran va donc donner quelques gages et continuer pendant ce temps à faire tourner les centrifugeuses pour rendre son programme d'armement nucléaire irréversible.

C’est ce qu’explique également Gary Samore, responsable pendant quatre ans du contrôle des armes dans l’administration Obama : «Personne n’est dupe de l’offensive de charme: tout le monde comprend que le chef suprême (l’Ayatollah Ali Khamenei) veut des armes nucléaires. Le nombre de sourires de Rohani ne change rien à l’objectif de base du programme».

Voilà donc les 5 raisons pour ne pas tomber dans le piège Rohani.

  1. Hassan Rohani «n’a pour le moment jamais indiqué que son pays était disposé à discuter de l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium…».
  2. En comparaison avec son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad, Rohani semble être un modéré et quelqu’un qu’on puisse apprécier et il fait tout pour cela. Mais c’est un islamiste radical porteur d’une idéologie religieuse totalitaire dont la fin justifie les moyens. Ce que certains appellent à juste raison un islamo-fascisme.
  3. Se constituer un arsenal d’armes nucléaires ne peut qu’être un objectif majeur pour les dirigeants iraniens. «Mettez vous à la place un moment du chef suprême. Vous êtes entourés d’ennemis. Presque la totalité du monde musulman sunnite vous déteste. L’Etat juif, pour lequel vous avez une haine pathologique, essaye de mettre à mal votre sécurité. Et par dessus tout, il y a les Etats-Unis, le «Grand Satan», dont le Président explique qu’il n’a pas l’intention de tenter de renverser votre régime. Mais pouvez-vous croire un Président américain? Une arme nucléaire permet deux choses: protéger votre régime de toute intervention extérieure et asseoir votre pouvoir dans tout le Moyen-Orient…».
  1. Il est vrai que le Suprême leader Ali Khamenei a déclaré que l’utilisation d’armes nucléaires était anti-islamique. Donc son régime n’utilisera jamais une telle arme... Mais cela n’a pas empêché l’Iran de soutenir la Syrie et son régime qui a utilisé des armes de destruction massives… chimiques
  1. Le chef suprême est en fait le vrai patron du programme nucléaire iranien. Pour Reuel Marc Gerecht ancien analyste de la CIA et spécialiste de l’Iran: «Ali Khamenei se déshonorerait devant Dieu et devant les prétoriens du régime, les gardiens de la révolution, s’il renonçait à ses ambitions nucléaires en échange d’une levée des sanctions. Il a tout investi dans le programme nucléaire. C’est le cœur de la défense de la République islamique contre les Etats-Unis. Y renoncer serait reconnaître que l’Amérique et l’occident l’ont vaincu…».

 

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte