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Krokodil, la drogue du zombie, débarque aux Etats-Unis

Anaïs Bordages, mis à jour le 30.09.2013 à 9 h 59

Soft toy crocodile / Steve Johnson via Flickr CC License by

Soft toy crocodile / Steve Johnson via Flickr CC License by

En 2011, on avait beaucoup parlé du «Krokodil», la nouvelle drogue qui ravage la Russie, ainsi nommée parce qu’«à l’endroit de l’injection, la peau prend une teinte verte et écailleuse».

Les rumeurs d’une propagation en Europe avaient été largement relayées dans les médias, puis formellement démenties par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies:

«A ce jour, la présence de cette substance n’a été confirmée qu’en Russie».

Or, fin septembre, deux cas ont été signalés pour la première fois aux Etats-Unis, selon Mother Jones. Mais les analyses n’ont pas encore été effectuées, et il est pour l’instant impossible de confirmer s’il s’agit bel et bien de Krokodil.

La désomorphine aurait fait son apparition en Sibérie en 2002, selon USA Today. Décrite par Time Magazine comme «la drogue la plus horrible du monde», elle est principalement composée de codéine, de carburant et de diluant pour peinture.

Ses effets sont dévastateurs: décomposition de la chair jusqu’à l’os, gangrène, amputation, défaut d’élocution, lésions cérébrales et mobilité réduite. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle «la drogue du zombie».

En 2010, la Russie comptait «entre 100.000 et un million» de consommateurs réguliers, selon Time Magazine. Cette drogue serait en effet jusqu’à vingt fois moins chère que l’héroïne, alors qu’elle procure à peu près les mêmes sensations (l’effet zombie en plus).

Autre fait effrayant, toujours selon Time: «un consommateur régulier de Krokodil meurt au bout de deux ou trois ans, et ceux qui surmontent leur addiction en ressortent souvent défigurés».

Mais l’histoire est peut-être un peu trop horrible pour être vraie. En 2011, Arnaud Aubron dénonçait sur son blog Drogues News ce discours alarmiste, «déjà servi mot pour mot lors de l’apparition du crack, de la méthamphétamine ou plus récemment de l’oxidado»:

«Comment une drogue qui tue “la plupart de ces usagers en moins d’un an” ou même “toutes ses victimes” selon la Pravda, se propage encore au bout de dix ans? [...] Pourquoi, avec au bas mot près de 100.000 morts par an [...], aucune alerte sanitaire n’a été lancée au niveau international? [...]

Le souci, c’est qu’aucune de ces données aussi précises que contradictoires ne renvoie à la moindre étude scientifique [...]».

Concernant les deux cas détectés en Arizona, les autorités américaines ne sont pour l’instant pas plus avancées: «on ne peut pas décréter que quelque chose est illégal comme ça, bon gré mal gré» a expliqué à Mother Jones Barbara Carreno, de la brigade des stups. «Il va falloir recenser plus de deux cas pour faire de cette drogue une substance règlementée.» Il est donc encore trop tôt pour paniquer.

Anaïs Bordages
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