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Dans les camps de concentration, les nazis choyaient des élevages de lapins

Annabelle Georgen, mis à jour le 26.09.2013 à 9 h 59

Des soldats américains devant Dachau à la libération du camp, en 1945. National Archives Records of the Office of War Information, via Wikimedia Commons.

Des soldats américains devant Dachau à la libération du camp, en 1945. National Archives Records of the Office of War Information, via Wikimedia Commons.

Tandis que les hommes mouraient, les lapins engraissaient. C'est la découverte glaçante faite à la libération des camps de la mort par la journaliste allemande Sigrid Schultz, reporter au Chicago Tribune, à laquelle Der Spiegel consacre un article.

Alors qu'elle accompagne une unité de l'armée américaine partie fouiller la maison de campagne d'Heinrich Himmler, le chef de la SS, la journaliste tombe sur un grand livre à la reliure de laine portant le titre «Angora». À l'intérieur, des centaines de photos d'élevages de lapins à poils longs.

Sur ces clichés, on peut voir les animaux dormir dans de confortables clapiers garnis de paille, parfois même remplacée par de la laine angora, ou en train d'être soignés et brossés par des mains de femmes. Comme l'écrit Der Spiegel:

«On aurait dit que les amis des animaux avaient offert, en faisant montre d'un grand cœur, un paradis sur terre à leurs lapins. Sauf que les noms de ces paradis pour lapins, qui avaient été reportés soigneusement sur une carte, sonnaient d'une façon horriblement familière: Buchenwald. Sachsenhausen. Dachau. Auschwitz. Tout comme 27 autres camps de concentration.»

Cet élevage de lapins intensif était l'un des projets fous d'Himmler, qui voulait fournir à ses soldats des vêtements chauds pour résister au froid. Il a été mis en place en 1941, à l'époque où la Wehrmacht a envahi l'URSS.

Dans les camps de concentration, les lapins angora étaient élevés dans le même type de baraquement que ceux dans lesquels s'entassaient les prisonniers la nuit venue. À la différence notable que ceux dans lesquels se trouvaient les animaux, en plus d'être tenus propres et d'avoir des murs peints, étaient chauffés l'hiver, comme l'explique Sigrid Schulz:

«Dans les mêmes camps dans lesquels 800 personnes étaient tassées dans des baraquements prévus pour 200, les lapins menaient une vie luxueuse dans des étables aménagées avec élégance.»

Contrairement aux hommes, qui crevaient de faim, les bêtes étaient elles bien nourries, poursuit Schulz:

«Les mêmes SS qui fouettaient, torturaient et tuaient les prisonniers veillaient à ce que les lapins soient choyés avec amour.»

Ces élevages ont même coûté la vie à certains prisonniers. À Dachau, des hommes affamés ont été exécutés pour avoir mangé un lapin. Il est également arrivé que certains prisonniers qui soignaient les lapins soient fusillés pour avoir commis une erreur.

Cet élevage intensif était l'un des projets-modèles des nazis, de ceux qu'on présentait avec fierté aux dignitaires lorsqu'ils visitaient les camps de concentration. De 6.500 en 1941, le nombre de lapins est passé l'année suivante à 13.000, puis a pratiquement doublé en 1943, grimpant à 25.000. Mais il n'a pas permis de produire plus de cinq tonnes de laine angora. Est-ce la raison pour laquelle l'élevage intensif a été brutalement interrompu en 1943? Jusqu'à aujourd'hui, les raisons en restent mystérieuses.

Quand les Alliés libérèrent les camps de concentration en 1945, les étables étaient vides. Mais ils trouvèrent des centaines de vestes doublées de laine. Comme témoignait il y a quelques années un ancien soldat américain, Jack DeWitt, à la Wisconsin Public Radio:

«Presque tous [les soldats] ont décidé de prendre une de ces jolies vestes chaudes, celle que j'ai eu était doublée en lapin. Je l'appelais la veste en lapin

Annabelle Georgen
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