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Séisme au Pakistan: le bilan des victimes ne traduit pas la gravité d'une catastrophe

Temps de lecture : 2 min

Des survivants du séisme à Awaran, dans la province du Baloutchistan au Pakistan le 25 septembre 2013, REUTERS/Sallah Jan
Des survivants du séisme à Awaran, dans la province du Baloutchistan au Pakistan le 25 septembre 2013, REUTERS/Sallah Jan

Les autorités pakistanaises estiment qu’au moins 208 personnes ont été tuées par le séisme de magnitude 7,8 qui a frappé la province du Baloutchistan, au sud-ouest du pays. Comme l’écrit le journaliste Gul Yusufzai de Reuters, les dégâts causés par le tremblement de terre, qui était si puissant qu’il a entraîné la formation d’une île sur la côte sud du pays et a été ressenti jusqu’à Delhi, vont sans doute être importants. Les autorités locales estiment que 30% des habitations dans le district très pauvre d’Awaran se sont effondrées.

Ce séisme vient nous rappeler que le traitement médiatique de catastrophes comme est souvent dominé par le bilan des victimes, qui est utilisé comme une sorte de raccourci pour estimer la gravité d’un évènement. Mais même sans parler de la difficulté de calculer un bilan humain et des biais géographiques de la couverture médiatique des catastrophes (la fameuse loi du mort au kilomètre), le nombre de morts est souvent trompeur quand il s’agit de prendre des décisions sur les montants de l’aide internationale nécessaires.

En fait, regarder le nombre de morts pour décider de la quantité d’attention que nous accordons à une catastrophe n’est pas pertinent. Ioannis Evangelidis et Bram Van den Bergh, deux chercheurs de l’université Erasmus à Rotterdam, évoquent ce problème dans un article récemment publié dans Psychological Science:

«En décembre 2003, le séisme de Bam en Iran a fait 26.796 personnes et en a affecté 267.628 supplémentaires. Les personnes privées ont réagi en faisant des dons de 10,7 millions de dollars. En janvier 2000, le séisme du Yunnan en Chine a tué 7 personnes et en a affecté 1,8 million supplémentaires. Les donateurs ont contribué à hauteur de seulement 94.586 dollars. Ces observations suggèrent que les donateurs sont peut-être beaucoup plus sensibles au nombre de victimes qu’au nombre de personnes affectées.»

En s’intéressant aux données sur l’aide internationale de 381 catastrophes entre 2000 et 2011, ils ont trouvé que «plus 9.000 dollars ont été donnés pour chaque personne tuées supplémentaire dans une catastrophe» mais qu’il n’y avait pas de corrélation significative entre le nombre de personnes affectées et le niveau des donations.

Au final, l’étude montre que les biais des donateurs peuvent parfois empêcher l’argent d’aller à ceux qui en ont vraiment besoin. Si les morts sont bouleversants, ce sont les vivants qui ont besoin d’aide.

Grégoire Fleurot Journaliste

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