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Gouvernement de coalition: les deux options d'Angela Merkel

Annabelle Georgen, mis à jour le 23.09.2013 à 10 h 31

Après sa large victoire, qui la laisse néanmoins juste en dessous de la majorité absolue, la chancelière allemande peut renouveler l'alliance conclue avec les sociaux-démocrates entre 2005 et 2009, ou tenter l'originalité et un partenariat avec les Verts.

La statue d'Angela Merkel au musée Tussaud. REUTERS/Thomas Peter.

La statue d'Angela Merkel au musée Tussaud. REUTERS/Thomas Peter.

Seuls cinq partis seront représentés dans le prochain Bundestag après les élections législatives du dimanche 22 septembre. Largement victorieuses avec un total cumulé de 41,5% des voix, la CDU d'Angela Merkel et son homologue bavaroise la CSU ratent de très peu la majorité absolue en sièges, mais perdent leur partenaire de coalition depuis 2009, le FDP, qui enregistrent une défaite historique: avec un score de 4,8%, juste en dessous du seuil de 5%, les libéraux ont perdu pour la première fois de l'histoire de la République fédérale leur représentation au Bundestag.

Dans l'opposition, les sociaux-démocrates du SPD ne recueillent que 25,7% des voix. Les Verts, qui visaient un score à deux chiffres et n'ont récolté que 8,4% des suffrages, sont eux dépassés de peu par le parti d'extrême gauche Die Linke qui, avec 8,6% des voix, reste ainsi la troisième force politique du Bundestag. Surprise de ce scrutin, le nouveau parti anti-euro AfD, créé en février dernier, manque de peu faire son entrée au Bundestag en récoltant 4,7% des voix.

Pour obtenir une majorité confortable au Bundestag, Angela Merkel va désormais devoir former une coalition.

Une grande coalition

La première alternative qui s'ouvre à elle est de former une grande coalition avec le SPD. Les deux grands partis rivaux ont déjà gouverné l'Allemagne ensemble de 2005 à 2009, et leur alliance a étonnamment bien fonctionné —bien plus que celle qu'ont formé la CDU/CSU et son partenaire favori le FDP durant la dernière législature, plombée par les dissensions. Ministre des Finances sous le cabinet Merkel I, Peer Steinbrück, le candidat à la chancellerie du SPD cette année, avait à l'époque travaillé main dans la main avec la chancelière.

Mais ces quatre années de compromis ont eu des conséquences désastreuses sur l'image du SPD auprès de ses électeurs, qui l'ont sanctionné lors des élections suivantes, où il avait perdu plus de onze points. Si les deux partis décident tout de même de faire alliance, il serait par contre exclu cette fois-ci que Steinbrück entre au gouvernement.

Interrogé hier soir sur la chaîne de télévision ARD, ce dernier a dit qu'il conseillait personnellement à son parti de refuser «de se mettre à la disposition» des chrétiens-démocrates en faisant le choix de former «une opposition forte» au Bundestag. Il a réaffirmé qu'il refuserait de s'abaisser à occuper le poste de vice-chancelier d'Angela Merkel au sein d'une grande coalition. En cas d'entente entre le SPD et la CDU, ce serait probablement donc Sigmar Gabriel, le président du parti social-démocrate, qui prendrait sa place.

Une coalition noire-verte

Ce serait une grande première au niveau fédéral. Jusqu'à présent, la CDU et les Verts ont toujours dit qu'il excluaient cette option.

Angela Merkel n'a d'ailleurs pas voulu s'exprimer à ce sujet hier soir, mais le co-candidat des Verts, Jürgen Trittin, tout comme la co-présidente du parti écologiste, Claudia Roth, ont affirmé devant les caméras qu'ils étaient prêts à discuter «avec tous les partis démocratiques», même si le premier a estimé qu'il y avait peu de chances que l'Union démocrate chrétienne courtise son parti ces prochains jours.

En théorie, les deux partis pourraient réussir à gouverner ensemble au sein d'une coalition noire-verte —ou «kiwi», comme certains la surnomment— puisqu'avec la sortie du nucléaire instaurée par Angela Merkel en 2011, la dernière grande barrière idéologique qui les séparait a sauté.

Rebelles à leurs débuts il y a trente ans, les Verts se sont embourgeoisés en prenant de l'âge, ce qui leur permet désormais de séduire également des électeurs conservateurs, comme l'a prouvé il y a deux ans leur victoire aux élections du Parlement régional du Bade-Wurtemberg, un des bastions historiques de la CDU.

Mais cette possibilité de coalition reste moins probable que la précédente car, en plus de s'avérer risquée pour l'image des deux partis vis-à-vis de leurs électeurs, elle laisse entrevoir plusieurs conflits de gouvernance, notamment en matière de fiscalité et sur certaines questions sociétales sur lesquelles les Verts ont mené campagne, telles que le droit à l'adoption pour les couples homosexuels ou l'introduction d'un quota obligatoire de femmes aux postes de direction dans les entreprises.

Annabelle Georgen

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