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Elections en Allemagne: Merkel, seule et unique

Daniel Vernet, mis à jour le 22.09.2013 à 23 h 09

La chancelière allemande, dont le parti rate de justesse la majorité absolue au Bundestag, a développé une capacité hors du commun à se débarrasser de ses rivaux, à réduire au silence ses adversaires et à démoraliser ses alliés.

Devant ses supporters rassemblés après la victoire de la CDU, dimanche à Berlin. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Devant ses supporters rassemblés après la victoire de la CDU, dimanche à Berlin. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Non seulement Angela Merkel est le seul chef de gouvernement européen à être reconduit depuis le début de la crise, mais elle revient à la chancellerie allemande avec un gain de plus de 8 points pour la démocratie chrétienne. Son parti frise même, à un ou deux sièges près, la majorité absolue au Bundestag. Seul Konrad Adenauer avait réussi l’exploit d’atteindre cette majorité absolue. C’était en 1957. Prudent, il avait préféré toutefois former une coalition avec le Deutsche Partei, une petite formation disparue depuis.

Angela Merkel ne craint sans doute pas d’avoir une majorité absolue. Elle se réjouit en tous cas d’avoir plusieurs possibilités de coalition à sa disposition, ce qui lui donne une position de force dans les négociations qui s’annoncent. Elle peut compter sur son sens politique pour les mener à bien à son profit.

Comme la reine des abeilles, elle a développé une capacité hors du commun à se débarrasser de ses rivaux, à réduire au silence ses adversaires et à démoraliser ses alliés. Les sociaux-démocrates sont sortis lessivés de la première grande coalition avec elle (2205-2009).

Les libéraux ont été éliminés du Bundestag après avoir gouverné pendant quatre ans dans son ombre (2009-2013). Toutes les coalitions entre la démocratie-chrétienne et les libéraux ont été rejetés par les électeurs au cours de ces dernières années, dans les Länder comme dimanche au niveau fédéral.

La popularité d’Angela Merkel repose d’abord sur le sentiment de force tranquille qu’elle dégage. Dans un pays qui a peur de la crise, elle rassure. Dans un pays qui se porte mieux que ses voisins malgré quatre ans de crise européenne, elle incarne la stabilité et la promesse d’une poursuite de la prospérité, en tous cas d’une gestion raisonnable de l’acquis.

Ses adversaires lui reprochent d’avoir préféré l’immobilisme aux réformes, de ne pas avoir pris de risque et d’avoir endormi ses concitoyens, notamment pendant la campagne électorale, en prenant un soin particulier à ne pas soulever les sujets qui divisent. Les mêmes regrettent qu’elle n’ait jamais développé de vision pour l’Allemagne ou pour l’Europe.

En ce sens elle a suivi le conseil de l’ancien chancelier social-démocrate Helmut Schmidt, chantre du pragmatisme: «celui qui a des visions doit aller chez le médecin». Elle sait repérer les opinions majoritaires et se les approprier sans réticences idéologiques. C’est ce qu’elle a fait notamment après la catastrophe de Fukushima qui a renforcé le rejet de ses concitoyens pour le nucléaire. Elle a annoncé du jour au lendemain «le tournant énergétique».

Dans les enquêtes d’opinion, 74% des Allemands trouvent que la situation économique est bonne. Ils n’étaient que 19% en 2009. Mais un grand nombre se plaint en même temps du fossé croissant entre ceux qui ont un emploi permanent bien payé et ceux qui doivent vivre avec des «mini-jobs».

Quand le thème du salaire minimum mis en avant par les sociaux-démocrates, les Verts et la gauche radicale est apparu populaire, Angela Merkel n’a pas hésité. Elle l’a repris à son compte, tout en prenant soin de ménager en même temps les petits et moyens entrepreneurs qui font la force de l’économie allemande et la base de l’électorat chrétien-démocrate.

Il est vrai qu’Angela Merkel a profité des réformes lancées au début des années 2000, c’est-à-dire avant l’éclatement de la crise financière, par son prédécesseur Gerhard Schröder. Ces réformes qu’elle cherche maintenant à imposer à tous ses partenaires européens. Mais elle ne rechigne pas à payer tribut au dernier chancelier social-démocrate, tant par honnêteté intellectuelle que par calcul politique pour déstabiliser le SPD.

Sincérité et instinct politique se combinent chez elle, l’incitant souvent à la prudence mais ne l’empêchant pas d’agir, parfois brutalement, quand le pouvoir est en jeu. Elle l’a montré en 1999, en donnant le coup de grâce à Helmut Kohl, dans l’affaire des caisses noires de la CDU.

Elle a écarté du même mouvement Wolfgang Schäuble de son ascension vers la présidence du parti mais elle a eu l’habileté de ne pas s’en faire un ennemi et d’utiliser ses compétences européennes. Pour ne pas effrayer ses électeurs, la chancelière n’a évoqué l’Europe qu’à la fin de la campagne, quand il est apparu que le nouveau parti anti-européen Alternative pour l’Allemagne, menaçait d’entrer au Bundestag.

Au soir d’une victoire qui avait un goût de triomphe, Angela Merkel a évité toute arrogance. Interrogée sur son éventuelle ambition de dépasser les seize ans d’Helmut Kohl au pouvoir, elle s’est réfugiée derrière le travail qui l’attend au cours des autres prochaines années pour ne pas répondre. Il y a un temps pour tout, pense avec l’Ecclésiaste cette fille de pasteur. Mais elle n’a rien exclu.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (439 articles)
Journaliste
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