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Salaire minimum, retraites, loyers... Les sujets qui ont animé les législatives allemandes

Annabelle Georgen, mis à jour le 21.09.2013 à 9 h 21

La gauche allemande s'est montrée très critique envers la politique d'austérité pendant la campagne, mais Angela Merkel a elle aussi adopté une tonalité très sociale.

Les affiches de campagne des principaux partis pour les législatives allemandes du 22 septembre. REUTERS/Staff.

Les affiches de campagne des principaux partis pour les législatives allemandes du 22 septembre. REUTERS/Staff.

Avec la crise, les réformes sociales ont disparu de la table des négociations en Allemagne ces dernières années, remplacées par la stricte Sparpolitik (politique d'austérité) que la chancelière de fer a imposé à ses concitoyens. Pas étonnant donc que la gauche allemande ait tiré à boulets rouges ces dernières semaines sur la politique libérale menée par la coalition noire-jaune des chrétiens démocrates (CDU-CSU) et des libéraux (FDP).

Plus surprenant par contre est le programme à la tonalité très sociale avec lequel Angela Merkel compte séduire les Allemands. Les libéraux l'accusent de faire une «orgie de promesses» et ses adversaires lui reprochent de vampiriser le programme du SPD.

Tout semble indiquer que la candidate de la CDU, annoncée grande gagnante de ces élections, tout en ratissant large sur les terres de la gauche, se prépare à ce qu'elle redoute le plus: une grande coalition avec les sociaux-démocrates. En attendant les résultats des élections, voici donc un récapitulatif de quelques-uns des sujets décisifs sur lesquels se jouera le vote.

Enfin un salaire minimum?

Dans le pays le plus riche d'Europe, le salaire minimum n'existe toujours pas (à titre de comparaison, le Smig a été adopté en France en 1950...) Seules une douzaine de branches professionnelles garantissent une rémunération minimale à leurs salariés, qui oscille entre 7,50 et 13,70 euros brut de l'heure.

Une absence de régulation du marché du travail qui ouvre la porte à de nombreux abus. Il n'est ainsi pas rare que certains salariés allemands soient payés moins de quatre euros de l'heure.

Les grands partis se mobilisent enfin et tout le monde –à part le FDP– veut un salaire minimum. Angela Merkel préfère parler de «seuil de salaire» afin de rester dans la continuité en laissant à chaque branche le soin de négocier ses propres tarifs. Le SPD et les Verts veulent instaurer un salaire horaire minimum de 8,50 euros, le parti de gauche radicale Die Linke veut monter jusqu'à 10 euros. À titre de comparaison, le SMIC est de 9,43 euros brut par heure en France.

Augmenter les retraites?

Presque la moitié des retraités allemands touchent une pension de retraite inférieure à 700 euros par mois et il y a toujours de grandes disparités entre les retraités de l'Est et de l'Ouest. Ceux qui n'ont pas de revenus complémentaires se retrouvent condamnés à vivre sous le seuil de pauvreté et ils sont de plus en plus nombreux à exercer un mini-job pour joindre les deux bouts.

Il y a aujourd'hui un consensus chez tous les grands partis, à l'exception du FDP, autour du fait que cela doit changer. La CDU, le SPD et les Verts proposent par exemple tous les trois de garantir un minimum de 850 euros mensuels aux retraités qui ont cotisé pendant au moins quarante ans (trente ans pour les Verts). Surfant toujours sur la vague des réformes sociales, Angela Merkel promet également de relever la retraite des mères de famille.

Freiner la hausse des loyers?

À Berlin, où les loyers montent en flèche ces dernières années, le mot gentrification est sur toutes les lèvres. Dans d'autres villes, comme à Munich ou à Hambourg par exemple, les loyers atteignent aussi parfois des prix faramineux. La question trouve donc naturellement sa place dans l'argumentaire des candidats à la chancellerie.

La CDU veut par exemple empêcher les propriétaires de logements situés dans des zones où les loyers connaissent une forte hausse de les augmenter de plus de 10% par rapport au loyer de référence local lorsqu'il y a changement de locataire. Pareil pour le SPD (qui accuse le parti d'Angela Merkel de lui piquer ses idées...) ainsi que pour les Verts et les Pirates.

Rendre les autoroutes payantes?

La nécessaire modernisation du réseau autoroutier allemand, aujourd'hui bien mal en point, s'est également invitée dans la campagne électorale. En Allemagne, les autoroutes sont gratuites. Certaines voix se sont donc élevées chez les Verts pour proposer la mise en place d'un système de péages autoroutiers pour financer les travaux, mais face à la grogne des conducteurs, le co-candidat du parti Jürgen Trittin a affirmé qu'il excluait cette option.

Tous les partis sont contre, sauf la CSU, la branche bavaroise de la CDU. Son président, Horst Seehofer, croit avoir trouvé la recette miracle en imposant un droit de péage... seulement aux conducteurs qui ne résident pas en Allemagne. Une proposition qui ferait certainement grincer des dents à Bruxelles, et que Merkel a rejeté catégoriquement.

Les Verts ont également lancé un débat sur la vitesse au volant. Sur les autoroutes et de larges portions des routes départementales allemandes, il n'y a pas de limitation de vitesse. Le parti écologique, qui propose de limiter la vitesse à respectivement 120 et 80 km/h, n'a pour une fois pas à craindre que les autres partis lui fassent concurrence sur ce terrain-là: au pays des grosses voitures, tout le monde est contre.

Taxer les riches?

«Avec moi, les impôts n'augmenteront pas.» C'est avec ce cadeau électoral qu'Angela Merkel espère inciter les Allemands à la reconduire à la tête du pays. Ses partenaires de coalition du FDP veulent comme toujours faire baisser les impôts, notamment en supprimant le Soli, ce petit impôt sur l'impôt qui permet entre autres de financer l'aide aux Länder d'ex-RDA.

Pour une Allemagne plus sociale, la gauche propose de fortes hausses des impôts sur le revenu, en particulier de taxer les riches. Un des grands chevaux de bataille du SPD est la réintroduction de l'impôt sur la fortune, supprimé sous Helmut Kohl en 1997. Les sociaux-démocrates veulent également faire grimper le taux d'imposition sur les revenus annuels de plus de 100.000 euros à 49%, alors que le taux d'imposition maximal est aujourd'hui de 45% sur les revenus dépassant 250.000 euros.

Les Verts proposent la même chose mais ce dès 80.000 euros de revenus annuels. Le parti écologiste essaie également de courtiser les travailleurs pauvres en promettant de relever le seuil d'imposition à 8.700 euros nets annuels, au lieu des 8.350 prévus en 2014. Une mesurette par rapport à la hausse annoncée par Die Linke, qui voudrait fixer ce seuil à 9.300 euros. En compensation, la gauche radicale annonce, comme le candidat Hollande lors de la campagne présidentielle, vouloir taxer les hauts revenus à 75%.

Ce dont les candidats ne parlent pas

Il y a aussi quelques sujets dont les candidats des cinq principaux partis évitent de parler, comme l'aide à la Grèce, dossier délicat dans le pays qui crache le plus au bassinet pour sauver l'euro, les inégalités entre Länder de l'Ouest et nouveaux Länder, parce qu'il est encore trop tôt pour en parler, le pacte de solidarité mis en place en 2005 ne s'achevant qu'en 2019, ou encore l'affaire des écoutes de la NSA, sujet décidément très casse-gueule en raison de l'implication des services secrets allemands.

Annabelle Georgen

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