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En Allemagne, le Mur reste dans la tête

Daniel Vernet, mis à jour le 21.09.2013 à 13 h 39

[UNE SEMAINE DANS LE «PETIT BERLIN»] Toute la semaine, Slate.fr vous fait vivre les législatives allemandes à Mödlareuth, un village lui aussi divisé en deux entre 1949 et 1990. Aujourd'hui, l'Ostalgie.

REUTERS/Thomas Peter

REUTERS/Thomas Peter

Peer Steinbrück, le candidat social-démocrate à la chancellerie, n’y est pas allé par quatre chemins: Angela Merkel ne comprend pas vraiment l’Europe, a-t-il dit, parce qu’elle a vécu trop longtemps de l’autre côté du Mur. Une manière d’illustrer une idée reçue «à l’Ouest»: les barbelés et les plaques de béton sont tombés le 9 novembre 1989, les différences de niveau de vie ont tendance à s’estomper entre les anciens et les nouveaux Länder, mais «le Mur est toujours dans les têtes».

Ce n’est pas à Mödlareuth qu’il faut chercher la confirmation de ce cliché, avertit Wolfram Kummer, pasteur à Gefell, en Thuringe. Les habitants de la partie nord du petit village divisé par la rivière Tannbach, sont ses paroissiens. Les habitants de la partie sud dépendent de la paroisse de Töpen, en Bavière.

Heureusement, la religion ne les divise pas. En Haute-Franconie, région de la très catholique Bavière, on est luthériens comme en Thuringe. Et comme les maires des deux villes, les pasteurs Wolfram Kummer (Gefell) et Gerhard Schneider (Töpen) coopèrent étroitement. Il n’empêche, si un enfant de Mödlareuth-sud est baptisé à Gefell, son nom sera suivi, sur le registre de l’église, de l’inscription «BS», pour Bayrerische Seite (côté bavarois).

Ces particularismes ne sont pas tous liés à la coupure en deux de l’Allemagne entre 1945 et 1989. Ils ont des racines beaucoup plus anciennes liées aux divisions administratives, religieuses, linguistiques d’un pays qui n’a trouvé sa première unité qu’en 1870.

Né au sud, c'est-à-dire à l'Ouest

Le brassage des populations des dernières décennies ne les a pas totalement effacés. Les surmonter demande des efforts.

Heiko Mergner, un agriculteur de Mödlareuth, s’y est employé. Né au sud (géographique), c’est-à-dire à l’Ouest (politique), il y a un peu plus de trente ans, il s’est installé avec sa compagne et ses trois enfants, au nord, après la réunification. Il a construit une ferme qui est maintenant la plus prospère de tout Mödlareuth. Il a d’abord fait des jaloux. Mais il a réussi à rassembler les bonnes volontés pour créer une «association du village» qui a entrepris de restaurer l’ancienne caserne des pompiers afin de la transformer en maison commune. L’association compte vingt-sept membres fondateurs sur les cinquante-six habitants. Elle vient d’obtenir 15.000 euros de subvention du Land de Thuringe. Elle devrait être inaugurée le 3 octobre, jour anniversaire de l’unité allemande.

Il n’en reste pas moins qu’au-delà de l’exemple de Mödlareuth, des «irritations» subsistent entre ceux qu’on a appelés les Wessis (de l’Ouest) et les Ossis (de l’Est).

A Gefell, on raconte comment une vieille dame est-allemande a été, dans une maison de retraite, l’objet de la méfiance de ses deux compagnes de chambre originaires de l’ouest, qui avaient peur qu’elle ne les vole.

Les gens de l’Ouest ont tendance à trouver ces incompréhensions exagérées, peut-être pour se donner bonne conscience. Les Allemands originaires de l’Est y sont plus sensibles.

Ils se plaignent de ne pas avoir les mêmes salaires et parfois les mêmes chances professionnelles à niveau égal de formation. Ils renforcent même les clichés qui les présentent comme moins travailleurs que leurs compatriotes des anciens Länder ou nostalgiques de la RDA.

Cette «Ostalgie» existe encore, surtout dans les anciennes générations et chez ceux qui ont profité du régime communiste. Les jeunes font de moins en moins attention à la «frontière», à l’instar de Marcel Zapf, le maire de Gefell, 30 ans, qui affirme:

«La région s’est bien développée ensemble.»

Il reprend sans nécessairement le savoir, l’expression employée par Willy Brandt le 10 novembre 1989, au lendemain de l’ouverture du mur de Berlin:

«Maintenant doit se développer ensemble ce qui appartient au même ensemble.»

Mödlareuth a entendu l’exhortation de l’ancien chancelier. Dans ce petit coin perdu aux confins de la Bavière, de la Thuringe et de la Saxe, quatre familles sont récemment venues renforcer la communauté villageoise.

Daniel Vernet

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Journaliste
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