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Comment un village coupé par le mur de Berlin s'est réunifié

Daniel Vernet, mis à jour le 19.09.2013 à 17 h 16

[UNE SEMAINE DANS LE «PETIT BERLIN»] Toute la semaine, Slate.fr vous fait vivre les législatives allemandes à Mödlareuth, un village lui aussi divisé en deux entre 1949 et 1990. Aujourd'hui, rencontre avec les deux maires qui le gèrent.

Une borne de démarcation à Mödlareuth. Steffen Mokosch via Wikimedia Commons.

Une borne de démarcation à Mödlareuth. Steffen Mokosch via Wikimedia Commons.

Le village de Mödlareuth, avec ses quelques dizaines d’habitants répartis sur deux communes, n’est en rien comparable à la Chine. Et pourtant… Deng Xiaoping avait trouvé un slogan pour la réunification de Hong Kong avec la mère-patrie: «Deux systèmes, un pays». A Mödlareuth, depuis la réunification de l’Allemagne, le principe est: deux communes, un  système.

Economiquement et dans une moindre mesure culturellement, les deux morceaux du village, le sud rattaché à la Bavière et le nord intégré à la Thuringe, ne forment plus qu’une seule communauté. Mais ils continuent de dépendre de deux municipalités différentes: Töpen, en Bavière; Gefell, en Thuringe.

Le maire de Töpen, Klaus Grünzner, est un solide gaillard d’une soixantaine d’années. Président de l’organisation locale de l’Union chrétienne sociale (CSU), la formation sœur de la CDU d’Angela Merkel, il ne cache pas sa satisfaction après que son parti a arraché de nouveau la majorité absolue aux élections bavaroises du 15 septembre.

Son collègue de Gefell, Marcel Zapf, vient lui de fêter ses trente ans. Il se proclame indépendant, bien que proche de la CDU de Thuringe. Il a remplacé en 2009 un apparatchik social-démocrate, après avoir créé avec quelques amis de sa génération «l’association des citoyens mécontents».

Coopération parfaite

Les deux le disent séparément mais dans les mêmes termes: la coopération fonctionne parfaitement. Malgré les différences de situation et en dépit —ou à cause— de l’histoire: Töpen est la commune la plus riche de l’arrondissement de Hof en Bavière; Gefell continue d’affronter le passé communiste.

Il y a quelques années, la société de grande distribution discount Lidl avait installé un entrepôt à Töpen. Elle s’est «délocalisée» en Thuringe, où les salaires sont plus bas et les subventions publiques plus élevées. Ce dumping ne choque pas Klaus Grünzner:

«C’est nécessaire parce que ça contribue à rétablir l’équilibre entre l’Ouest et l’Est.»

Il peut d’autant plus se permettre de se montrer grand seigneur qu’une société de produits biologiques, Dennree, a repris le site de Lidl et 650 de ses 800 employés.

Le personnel vient de toute la région, y compris des Länder voisins. Marcel Zapf remarque ainsi que le taux de chômage dans sa commune est plus faible que la moyenne de la Thuringe, même s’il est plus élevé que celui de la Bavière, où règne pratiquement le plein-emploi. Dans les régions qui entourent l’ancienne frontière entre les deux Länder, les différences d’emploi et de revenu entre «l’Est» et «l’Ouest» ont tendance à s’estomper, et ne sont pas plus grandes que le fossé nord-sud qui se creuse dans l’ensemble de l’Allemagne.

Les riches Bavarois paient pour les Länder les plus pauvres, pas seulement de l’ancien Est. Ils n’en sont pas ravis mais Klaus Grünzner invite ses compatriotes et ses amis politiques de la CSU à la modestie. Ils ne doivent pas avancer trop de revendications quand il s’agira de participer au gouvernement à Berlin.

Crainte d'une coalition «rouge-rouge-verte»

Avec qui? Avec Angela Merkel, bien sûr. Mais personne ne sait quels seront ses alliés. Le maire de Töpen espère une reconduction de la coalition actuelle avec les libéraux. Il n’attendrait rien de bon d’une grande coalition avec les sociaux-démocrates, qu’il assimile à la paralysie. Or, sans une économique allemande dynamique, «on ne peut pas donner de garanties à nos partenaires européens en difficultés», dit-il, ajoutant que la rénovation de sa commune a été financée pour moitié par des fonds européens.

Sa grande crainte: une coalition dite «rouge-rouge-verte», entre les sociaux-démocrates, les écologistes et la gauche radicale. Il ne croit pas aux dénégations du SPD, qui proclame qu’il ne s’alliera pas avec Die Linke.

Sur un point cependant, il partage l’opinion de nombreux sociaux-démocrates: les membres de la gauche radicale qui sont originaires de l’ancienne Allemagne de l’Est sont plus fréquentables que les «idéologues irréalistes» de l’Ouest. Leur éventuel passé communiste s’estompe avec les années. Ils sont pragmatiques, s’attaquent aux problèmes concrets qu’ils rencontrent dans les assemblées communales ou régionales où ils sont largement représentés, sous le contrôle des électeurs. S’ils demandaient son avis à Klaus Grünzner, ils se sépareraient de Die Linke et deviendraient ainsi «fréquentables».

De l’autre côté de la «frontière» entre la Bavière et la Thuringe, le candidat social-démocrate de la circonscription ne dit pas autre chose. Mais il n’a aucune chance de l’emporter. L’élection se joue entre la candidate de la CDU et le candidat de Die Linke: il y a quatre ans, la première l’avait emporté avec moins de mille voix d’avance.

Daniel Vernet

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Journaliste
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