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Mödlareuth, un condensé de l’histoire allemande

Daniel Vernet, mis à jour le 18.09.2013 à 14 h 17

[UNE SEMAINE DANS LE «PETIT BERLIN»] Toute la semaine, Slate.fr vous fait vivre les législatives allemandes à Mödlareuth, un village lui aussi divisé en deux entre 1949 et 1990. Aujourd'hui, visitons le musée de la ville et ses vestiges du Mur.

Un visiteur du musée de Mödlareuth. REUTERS/David W. Cerny.

Un visiteur du musée de Mödlareuth. REUTERS/David W. Cerny.

Quand la route atteint le sommet de la colline, le «mur» fend le paysage. Un mirador le domine tandis que des rangées de fil de fer barbelé le prolongent dans la prairie. Des projecteurs attendent la tombée de la nuit pour arroser le no man’s land dessiné entre deux clôtures.

On se croit revenu en arrière d’un quart de siècle, quand l’Allemagne était divisée entre deux Etats et que la frontière était marquée, de la mer Baltique à ce triangle où se rejoignent la Bavière, la Thuringe et la Saxe, par le Mur. Il faut un moment pour réaliser qu’il s’agit d’une reconstitution à l’emplacement même de la ligne de démarcation.

Mödlareuth est un condensé de l’histoire allemande contemporaine. Le «Musée germano-allemand», créé en 1990 au moment de la réunification et que plusieurs dizaines de milliers de personnes visitent chaque année, la raconte depuis la séparation jusqu’aux retrouvailles.

Le village, qui comptait au total une centaine d’habitants avant la Seconde Guerre mondiale, était composé de deux parties distinctes depuis les guerres napoléoniennes du début du XIXème siècle. En 1810, la partie au sud de la rivière Tannbach (ou Moedla) est rattachée au royaume de Bavière, la partie nord à la principauté de Reuss (qui deviendra la Thuringe). Deux communes certes, mais une seule communauté.

La création des zones d’occupation après 1945, la coupure de l’Europe en deux blocs et la division de l’Allemagne changent tout. Mödlareuth-nord est inclus, avec la Thuringe, dans la République démocratique allemande (communiste) créée en 1949, et Mödlareuth-sud dans la République fédérale. Les familles sont divisées, les champs morcelés, le village défiguré par le «mur de la honte», comme on disait à Berlin.

«La frontière passe au milieu de la rivière»

Il n’a pas été construit du jour au lendemain. Dans les premières années, les habitants pouvaient circuler d’une partie à l’autre avec des laissez-passer. Tous les enfants allaient à l’école «à l’Est». Jusqu’à ce jour de mai 1952 où l’instituteur a déclaré aux petits «Occidentaux»: «Ce ne sera pas la peine de revenir demain.»

Au fil des années, un mur en bois a succédé à la palissade en fer. Puis les plaques de béton ont remplacé le bois. Bien avant que le mur de Berlin ne soit construit le 13 août 1961, Mödlareuth, que les soldats américains avaient surnommé «le petit Berlin», était coupé en deux. Du côté est-allemand, une pancarte annonçait en forme d’avertissement: «La frontière passe au milieu de la rivière» (qui a cet endroit mesure trois mètres de large!)

Le pouvoir communiste a perfectionné sans cesse les installations frontalières. Le mur proprement dit ne représentait que 2% des 1.393 km de frontière, rappelle Robert Lebegern, le directeur du musée. Le reste était composé de plusieurs couches de barbelés. Puis le no man’s land rempli de sable, où la trace d’éventuels fugitifs aurait pu facilement être repérée et truffé de mines. Enfin, les installations de tir automatique…

En RDA, il fallait un permis spécial pour s’approcher à moins de 5 km de la frontière, que les autorités appelaient «la protection de l’Etat socialiste des ouvriers et des paysans». Il était totalement interdit de s’en approcher à moins de 500 m. Les gens qui y habitaient ont été évacués de force et leurs fermes détruites.

Une fuite et une auberge

A Mödlareuth, un Allemand de l’Est a réussi à passer à l’Ouest le 25 mai 1973. C’était un chauffeur routier de 34 ans qui avait un laissez-passer pour la zone frontière. Il a simplement placé une échelle sur le toit de son véhicule et a sauté le Mur.

Quand il a été repéré par les gardes-frontière est-allemands, c’était trop tard. Il était déjà sur le territoire de la RFA, vers lequel les VoPos avaient interdiction de tirer. Peut-être est-ce en son honneur que l’auberge du village, installée depuis 2002 dans l’ancienne école, s’appelle Der Grenzgänger («le passeur de frontière»), comme le héros du roman de Peter Schneider, Le Sauteur de mur, paru en français en 1983 chez Grasset.

Comme à Berlin, le Mur a été ouvert à Mödlareuth le 9 novembre 1989. Un mois plus tard, la démolition commençait. Un morceau a été gardé comme monument, prémices du Musée en plein air. Comme Berlin, comme l’Allemagne, Mödlareuth a été réunifié.

Mais comme depuis le 19ème, le village a deux parties, l’une en Bavière, l’autre en Thuringe, avec deux codes postaux et deux indicatifs téléphoniques distincts. Et les anciens rappellent qu’à Mödlareuth-sud et Mödlareuth-nord, on ne parle pas le même dialecte.

Daniel Vernet

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Journaliste
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