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Fusillade du Washington Navy Yard: des médias américains identifient par erreur un homme comme suspect

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 17.09.2013 à 6 h 33

Dans les heures qui ont suivi le drame, des chaînes ont nommément identifié un suspect avant de se rétracter. Une nouvelle illustration des ravages de l'actu à la minute après le massacre de Sandy Hook et les attentats de Boston.

Des enquêteurs sur les lieux de la fusillade du Navy Yard de Washington, le 16 septembre 2013. REUTERS/Jason Reed.

Des enquêteurs sur les lieux de la fusillade du Navy Yard de Washington, le 16 septembre 2013. REUTERS/Jason Reed.

Dans les heures qui ont suivi la fusillade du Washington Navy Yard, qui a fait au moins treize morts, lundi 16 septembre, deux grandes chaînes américaines, NBC et CBS, ont faussement identifié comme étant le suspect décédé la même personne, un lieutenant de la Navy, avant de se rétracter et d'effacer les tweets où cette personne étaient mentionnée. (Depuis, un autre suspect, l'ancien réserviste de la Navy Aaron Alexis, a été formellement identifié)

Selon les informations rapportées dans un premier temps par un journaliste de NBC, cette erreur vient du fait que la carte d'identité de l'homme en question a été retrouvée abandonnée pas loin du corps d'un des suspects, où elle serait tombée dans la panique qui a suivi la fusillade. Plusieurs journaux ont depuis affirmé que le véritable suspect l'avait utilisée pour s'introduire sur la base.

Comme l'explique Will Oremus sur Slate.com:

«Les utilisateurs de Twitter et Reddit ont subi des attaques en règle ces dernières années pour avoir tiré des conclusions hâtives sur l'identité de suspects lors de meurtres de masse. […] Néanmoins, les journalistes professionnels sont aussi souvent dans les parages quand il s'agit de commettre des erreurs factuelles. […] Il y a une différence entre dire "Nous avons entendu dire qu'il y avait peut-être plus d'un tireur" et dire "Nous avons entendu dire que le nom du tireur était X", c'est que vous pouvez rétracter la première affirmation sans avoir gâché la vie de quelqu'un.»

Même son de cloche du côté de USA Today, qui affirme que la complexité de ce genre d'évènements «est une raison supplémentaire pour être encore plus prudent quand il s'agit d'identifier quelqu'un comme un meurtrier de masse avant que l'information ne soit totalement recoupée».

Comme le relève le Washington Post, CNN ne s'est d'ailleurs pas privé «d'allumer» ses concurrents, par la voix d'un de ses journalistes, Jake Tapper:

«Nous vous mettons en garde, il ne faut pas prendre au sérieux le nom que d'autres médias ont présenté comme étant celui d'un des suspects potentiels. La police militaire et des sources au sein de la Navy l'ont listé comme tel avant de se rétracter, après que d'autres médias, mais pas CNN, l'aient déjà relayé.»

Le Huffington Post et Poynter critiquent plus largement la couverture médiatique de l'évènement, en notant que les erreurs commises –utilisation des scanners de la police, flou entretenu sur le nombre de morts et de suspects...– paraissent très familières.

Ce genre d'erreurs est en effet fréquent lors des gros faits divers aux Etats-Unis (et pas que), aussi bien dans les grands médias que sur les réseaux sociaux. En décembre dernier, les médias avaient d'abord identifié par erreur comme suspect de la tuerie de l'école de Sandy Hook Ryan Lanza, alors qu'il s'agissait de son frère, Adam; en avril, les attentats de Boston avaient déclenché une véritable chasse à l'homme sur Reddit, incriminant notamment un étudiant disparu depuis un mois (et ensuite retrouvé mort), tandis que le New York Post avait pointé à tort du doigt deux adolescents innocents.

Des leçons ont d'ailleurs été tirées puisque Reddit a mis hors ligne, lundi, un fil de discussion dont le but était d'identifier l'identité du ou des suspects.

Article actualisé le 17 septembre 2013 à 0h40 avec le nouveau bilan, le nom du suspect identifié et les circonstances dans lesquelles a été retrouvée la carte d'identité du faux suspect.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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