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Accusations de pédophilie: le candidat vert Jürgen Trittin en mauvaise posture

Annabelle Georgen, mis à jour le 16.09.2013 à 17 h 07

Les candidats des Verts Jürgen Trittin et Katrin Goering-Eckart lors d'un rassemblement à Berlin, le 26 avril 2013. REUTERS/Tobias Schwarz.

Les candidats des Verts Jürgen Trittin et Katrin Goering-Eckart lors d'un rassemblement à Berlin, le 26 avril 2013. REUTERS/Tobias Schwarz.

Nouveau coup de théâtre dans la campagne: après qu'il a été révélé qu'Angela Merkel avait été secrétaire en charge de l'agitation et de la propagande au sein du FDJ, les jeunesses communistes de l'ex-RDA, et qu'un article paru dans Die Welt a émis l'hypothèse que son rival du SPD Peer Steinbrück aurait été un informateur secret de la Stasi, c'est maintenant au tour du co-candidat à la chancellerie du parti écologiste Alliance 90/Les Verts Jürgen Trittin de se trouver confronté à un passé peu reluisant.

Dans une tribune publiée aujourd'hui dans le quotidien de gauche Die Tageszeitung, les politologues Franz Walter et Stephan Klecha révèlent qu'en 1981, alors qu'il était étudiant et candidat au poste de conseiller municipal à Göttingen, Jürgen Trittin avait donné son aval à la publication du programme d'une liste politique qui proposait notamment de légaliser sous certaines conditions les relations sexuelles entre enfants et adultes.

Les auteurs de cette tribune, intitulée «La spirale fatale du silence», ont été mandatés en mai dernier par les Verts pour faire la lumière sur l'influence des pédophiles lors des premières années du parti, accusé depuis des années par ses adversaires d'avoir été un repaire de pédophiles dans les années 1980.

Interrogé par Die Tageszeitung, Jürgen Trittin a reconnu les faits et a dit les regretter:

«Nous n'avons pas remis [cette proposition] en cause lorsque que nous avons élaboré notre programme aux élections communales de 1981. Cela relève aussi de ma responsabilité. Et ce sont également mes erreurs, que je regrette.»

«Amnésie collective»

Les auteurs de la tribune expliquent pourtant que ce procédé n'est pas inhabituel dans l'histoire des Verts, qui à cette époque «se considéraient comme une force de rassemblement pour des mouvements très différents. Servir de plateforme à ces différents groupements et leur donner une place en faisait également partie».

Ils rappellent également que dans les années 1980, les Verts n'étaient pas les seuls à prôner la pédophilie au nom de la libération sexuelle. L'ancienne organisation de jeunesse du FDP, le parti libéral, avait par exemple rendu la décision suivante lors de son congrès fédéral en mars 1980:

«Pas de répression de la sexualité libre et consentie. Les paragraphes 173 (inceste), 174 (sexualité avec abus de faiblesse), 175 (âge de protection particulier pour les homosexuels masculins), 176 (sexualité avec les enfants) sont à rayer.»

Mais Franz Walter et Stephan Klecha reprochent aux membres du parti écologiste leur «amnésie collective» par rapport à leur passé, malgré leur volonté affichée de transparence:

«Personne —d'après ce que nous observons— ne prend la parole à ce sujet, personne ne tente publiquement de rendre compréhensible cette opinion politique d'autrefois. Personne ne livre d'interprétations sur ce qui a été considéré comme juste en son temps, et pourquoi, et aujourd'hui, en raison des nouvelles connaissances, devrait probablement être jugé de manière différente.»

Le coup de grâce pour les Verts?

Il est intéressant de noter que cette tribune qui place les Verts en mauvaise posture à peine quelques jours avant les élections est parue dans Die Tageszeitung, à qui il a été reproché la semaine dernière d'avoir interdit en août la publication d'une enquête sur le passé pédophiles des Verts, et qui semble donc vouloir riposter après avoir été accusé par les autres titres de faire campagne pour le parti écologiste.

Dans un éditorial au vitriol, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung reproche aux Verts de ne rien faire vis-à-vis des victimes des pédophiles qui étaient membres du parti, et les intime de prendre exemple sur l'Église catholique allemande, secouée par d'énormes scandales de pédophilie ces dernières années, qui a mis en place un bureau d'écoute destiné aux victimes.

Plusieurs responsables politiques de la CDU ont par ailleurs réclamé aujourd'hui que Jürgen Trittin se retire de la campagne, rapporte le quotidien Der Tagesspiegel. La deuxième candidate d'Alliance 90/Les Verts, Kathrin Göring-Eckardt, a pour sa part fait savoir qu'elle soutenait son allié.

A moins d'une semaine des élections, ces révélations risquent de porter le coup de grâce aux espoirs des Verts, qui ne cessent de dégringoler dans les sondages depuis des semaines. La semaine dernière, il n'étaient plus que crédités de 9% des intentions de vote.

Annabelle Georgen
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Journaliste
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