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Comment la Bavière a vécu son premier dimanche d'élections

Daniel Vernet, mis à jour le 16.09.2013 à 16 h 12

[UNE SEMAINE DANS LE «PETIT BERLIN»] Toute la semaine, Slate.fr vous fait vivre les législatives allemandes à Mödlareuth, un village lui aussi divisé en deux entre 1949 et 1990. Et où, dimanche, on était déjà appelé aux urnes pour les élections régionales.

Le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, en novembre 2009 à Mödlareuth. REUTERS/David W. Cerny.

Le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, en novembre 2009 à Mödlareuth. REUTERS/David W. Cerny.

La dernière semaine de campagne électorale en Allemagne a été inaugurée, dimanche 15 septembre, par le scrutin régional de Bavière. Dans ce Land qui se proclame toujours «Etat libre», les conservateurs ont triomphé. L’Union chrétienne sociale (CSU), formation sœur de la démocratie chrétienne (CDU) d'Angela Merkel dans cette région, a retrouvé la majorité absolue au Parlement local, qu’elle avait perdue en 2008 pour la première fois depuis la création de la République fédérale en 1949.

Est-ce bon signe pour la chancelière? La réponse est ambigüe.

La mobilisation a été forte et, si elle se retrouve dimanche prochain, la Bavière pourrait apporter une contribution décisive à la victoire de la droite. Mais les Bavarois cultivent leur particularisme: la CSU est traditionnellement plus forte dans les scrutins régionaux que lors des consultations générales. D’ailleurs, une CSU trop puissante serait plus une source d’ennuis qu’un atout pour Angela Merkel, surtout si la majorité gouvernementale est étroite.

Déroute des libéraux

Le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, n’est pas avare d’autosatisfaction. Il a fait campagne sur le thème: «L’Allemagne va bien, la Bavière va encore mieux. Elle n’est peut-être pas le paradis, mais elle est l’antichambre du paradis.» Et il a avancé ses revendications: une allocation pour les familles qui ne veulent pas envoyer leurs enfants à la crèche, pour satisfaire ses électeurs les plus traditionalistes, et l’instauration d’une vignette pour les automobilistes étrangers qui «encombrent» les autoroutes allemandes.

Angela Merkel a eu beau lui faire remarquer que cette taxe serait contraire au droit européen, Horst Seehofer n’en a cure. L’Europe n’est pas sa préoccupation première. Elle coûte trop cher aux Allemands, comme les Länder allemands les plus pauvres coûtent trop cher aux riches Bavarois.

L’autre mauvaise nouvelle des élections bavaroises pour Angela Merkel est la déroute du Parti libéral (FDP), associé au gouvernement régional au cours des cinq dernières années. Cette fois, il n’a recueilli que 3% des voix, loin du seuil des 5% nécessaires pour entrer au Parlement régional comme au Bundestag.

La même mésaventure risque-t-elle d’arriver au FDP dimanche prochain? La réponse des sondages d’opinion n’est pas claire. Si les libéraux ne font pas un bon score, Angela Merkel n’aura pas d’autre choix que de reconstituer une grande coalition avec les sociaux-démocrates (SPD), comme de 2005 à 2009.

Système électoral particulier

A contrario, la défaite bavaroise peut inciter des électeurs à voler au secours du FDP lors du vote fédéral. La particularité du système électoral allemand les y aide.

Chaque électeur bénéficie en effet de deux voix. Avec la première, il élit un député dans une circonscription au scrutin uninominal à un tour, comme en Grande-Bretagne. Avec la deuxième, il vote pour un parti. Ce sont les deuxièmes voix, réparties à la proportionnelle, qui déterminent le nombre total de députés de chaque parti au Bundestag. Les libéraux se battent pour obtenir la deuxième voix d’électeurs qui, avec leur première voix, votent pour le candidat d’une autre formation.

Dans le passé, les deux grands partis, CDU-CSU et SPD, ont «prêté» des deuxièmes voix au FDP pour maintenir à flot un allié indispensable à la formation d’un gouvernement. Mais cette fois, la démocratie chrétienne ne peut se montrer trop généreuse, sauf à risquer de perdre les élections, comme cela s’est passé au début de l’année lors du scrutin régional de Basse-Saxe.

Avec quelques-unes de ses deuxièmes voix, la CDU avait alors «sauvé» le FDP afin d’avoir un partenaire de gouvernement. Résultat: l’addition des suffrages des deux partis était inférieure au score combiné du SPD et des Verts, qui sont ainsi arrivés au pouvoir à Hanovre.

La chancelière sortante ne veut pas revivre la même mésaventure. La CDU-CSU mène campagne sur le thème: la deuxième voix est la voix pour Angela Merkel.

Mur, mirador et barbelés

Au nord de la Bavière, dans la circonscription de Hof, les électeurs ont voté conformément au schéma régional. Le candidat de la CSU, arrivé en tête avec 40% des suffrages, a été élu directement. Et le parti a obtenu 47% des deuxièmes voix.

Dans cette circonscription se trouve un petit village d’une soixantaine d’habitants: Mödlareuth. Cette commune a la particularité d’être coupée en deux. Le sud de la rivière Moedla appartient à la Bavière, le nord au Land de Thuringe.

Du temps de la division (1949-1990), la Bavière était en République fédérale, la Thuringe en République démocratique allemande. Mödlareuth était divisé par un mur, hérissé de miradors et barbelés, qui lui avait valu le surnom de «petit Berlin».

C’est depuis ce Berlin en miniature que Slate.fr va observer, au jour le jour, la dernière semaine de la campagne pour les élections fédérales: au sud, la Bavière conservatrice; au nord, le candidat de Die Linke, la gauche radicale héritière de l’ancien Parti communiste est-allemand, espère emporter la circonscription. En 2009, il lui avait manqué moins de 1% des voix pour battre la CDU.

Daniel Vernet

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