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Un chercheur crée un faux réseau social pour étudier la censure en Chine

Un café internet à Hefei, en Chine. REUTERS/Jianan Yu

Malgré les nombreuses tentatives de chercheurs américains, percer les secrets de la Grande muraille électronique de Chine n’est pas une mince affaire. Pour tenter d’obtenir de nouvelles informations sur le système de censure chinois, Gary King, professeur de sciences politiques à Harvard, a décidé d’adopter une nouvelle méthode: travailler sous couverture, en créant un faux réseau social.

Il s’est fait passer pour un administrateur, et a ainsi pu communiquer incognito avec les services d’hébergement chinois, qui lui ont révélé les nombreuses méthodes de censure utilisées par les entreprises web. «Quand nous avions des questions, il nous suffisait d’appeler le service consommateur, explique Gary King. Ils étaient payés pour nous aider».

Il en ressort que la censure chinoise ne se base pas sur un modèle unique ou centralisé. Au contraire, comme l’écrit la MIT Technology Review, la Chine a créé une sorte de «marché capitaliste étonamment dynamique, où les entreprises se font concurrence pour offrir de meilleurs services et technologies de censure».

«Les options étaient vraiment stupéfiantes», s’est étonné Gary King. Il est en effet possible de bloquer certains mots-clé ou l’adresse IP de certains utilisateurs, mais la méthode la plus couramment utilisée est le filtrage manuel des posts, selon leur longueur, l’endroit du site où ils ont été publiés, ou s’ils ont été écrits en réaction à une conversation ou pour en démarrer une autre.

Dans une autre expérience menée parallèlement, «Gary King a recruté des douzaines de gens en Chine pour poster sur 100 réseaux sociaux différents [des vrais, cette fois-ci] et observer ce qui était censuré ou pas». Au final, un peu plus de 40% des posts n’ont pas été publiés, afin d’être filtrés manuellement. Certains ont été publiés un ou deux jours plus tard, d’autres n'ont jamais refait surface.

Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls sites concernés par la censure chinoise. En juillet 2012, Josh Rogin expliquait sur Slate que «le gouvernement chinois fait tout pour compliquer l’utilisation de Google»:

«Certaines semaines, la messagerie Gmail fonctionne au ralenti, puis revient mystérieusement à sa vitesse normale, explique Eric Schmidt, [à l'époque "l'ambassadeur" de Google, NDLR]. Il arrive que les censeurs chinois coupent temporairement l'accès au site pour certains utilisateurs, accusés d'avoir lancé une recherche contenant des termes interdits. Quant au site YouTube (propriété du groupe Google), il ne peut tout simplement pas être consulté en Chine.»

Selon les informations recueillies par Gary King, une entreprise doit embaucher deux à trois censeurs par tranche de 50.000 internautes, pour que le gouvernement chinois soit satisfait. King estime ainsi qu’il existe entre 50.000 et 75.000 personnes en Chine dont le métier est de censurer les sites internet du pays.

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