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Obama avait-il raison en reliant terrorisme et pauvreté, quelques jours après le 11-Septembre?

Caroline Piquet, mis à jour le 12.09.2013 à 14 h 19

Alors que l'on commémorait hier le douzième anniversaire du 11-Septembre, une tribune parue huit jours après les attentats dans le Hyde Park Herald, un hebdomadaire de Chicago, circule largement dans les médias américains. C’est la toute première réaction officielle de Barack Obama, alors jeune sénateur de l'Etat de l'Illinois, retrouvée par Ryan Lizza du New Yorker.

Obama appelle notamment la nation à la «sagesse» pour tenter de «comprendre la source de cette folie» de l’acte terroriste:

«Le plus souvent, [elle] se développe dans un climat de pauvreté et d'ignorance, d'impuissance et de désespoir. […] Nous devrons consacrer beaucoup plus d’énergie au défi monumental de redonner espoir et perspectives aux enfants pleins d’amertume à travers le monde —les enfants du Moyen-Orient, mais aussi d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine, d’Europe de l’Est et de notre propre pays.»

La pauvreté et l'ignorance seraient le terreau du terrorisme, affirme-t-il. Cette idée était très populaire à l’époque, rappelle Joshua Keating de Slate.com —George W. Bush l’a reprise également— mais elle est beaucoup plus controversée aujourd’hui. On sait maintenant que les pirates de l'air étaient en majorité issus de milieux favorisés et instruits, tout comme l’était Ben Laden lui-même.

Dans une étude publiée en juillet 2012, Alan Krueger et Jitka Maleckoba affirment que le passage à l’acte terroriste «est largement indépendant de la conjoncture économique». Les deux chercheurs s’appuient notamment sur des sondages effectués en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, qui «indiquent que le soutien à de violentes attaques [contre des cibles israéliennes, ndlr] est le même dans les couches sociales les plus riches et éduquées». Analysant des données statistiques sur l’activisme au sein du Hezbollah, groupe radical chiite libanais, les chercheurs montrent qu’un niveau social élevé est largement associé au ralliement au mouvement.

Une étude menée deux ans plus tard par Alberto Abadie, économiste à Harvard, montre également que le risque terroriste n’est pas plus élevé dans les pays pauvres.

En 2011, une étude des données économiques de la Palestine apportait elle la réponse suivante: «des niveaux élevés de chômage permettent aux organisations terroristes de recruter des candidats au suicide plus instruits, plus matures et plus expérimentés», capables de mener des «missions plus complexes, à l’impact plus puissant». Trois chercheurs allemands avaient eux constaté, en 2010, que «l’éducation peut alimenter les activités terroristes en présence de mauvaises conditions politiques et socio-économiques, alors même qu’une meilleure éducation, combinée à des conditions favorables, diminue le terrorisme.»

On le voit, du chemin a été parcouru dans la littérature scientifique depuis les attentats du 11-Septembre, qui montre bien que le raccourci qui lie le terrorisme à la pauvreté est complexe, et ne prend pas en compte d’autres facteurs qui mènent à la violence politique. La vision d'Obama a aujourd’hui évolué vers une approche plus «réaliste» de la question mais, conclut Joshua Keating, on retrouve toujours cet argument dans sa rhétorique, de façon beaucoup plus subtile, quand il relie une idée impopulaire (l’impôt pour aider les pays pauvres) à celle, populaire celle-là, de la lutte contre le terrorisme.

Caroline Piquet
Caroline Piquet (60 articles)
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