La galère des Coréens du Nord ne s’arrête pas une fois dans le Sud

North Korea: Daily life remains a struggle. European Commision DG ECHO via Flickr CC License by

North Korea: Daily life remains a struggle. European Commision DG ECHO via Flickr CC License by

Jusqu'au début des années 90, les Nord-Coréens désireux de rejoindre la Corée du Sud étaient peu nombreux. Mais la famine terrible qui a sévi à cette époque a poussé un nombre de plus en plus important de Nord-Coréens à fuir vers la Chine et, pour certains, à gagner le voisin du sud. La famine s’est depuis arrêtée, pas les fuites. C’est aujourd’hui près de 25.000 transfuges qu’abrite la Corée du Sud. Mais le rêve sud-coréen ne s’est pas matérialisé pour tous, rapporte le Financial Times. 

Après s’être échappés, les transfuges sont longuement débriefés par des agents de sécurité à Hanawon. Chaque réfugié y passera au minimum trois mois, explique Arte, qui a diffusé un reportage sur le sujet. Une épreuve très difficile pour la plupart d’entre eux. En 2008, un avocat sud-coréen révélait que 75% des près de 600 résidents souffrent de dépression ou d’autres problèmes mentaux, écrit le LA Times. 

Hanawon, l’école de la liberté. Anthony Dufour, François Cauwel et Mathias Lavergne pour Arte.

L’adaptation est difficile pour ceux venus d’un Nord isolé: beaucoup subissent la barrière du langage (utilisation courante de l’anglais, argot) alors que leur accent les distingue clairement du reste de la population. Le choc technologique n’arrange en rien les choses, ajoute le FT. Le journal raconte ainsi la mésaventure d’une femme restée impuissante devant un guichetier automatique pendant que la file d’attente derrière elle ricanait impatiemment.

Kim Dae-Sung, lui-même venu de Corée du Nord et fondateur d’un organisme de micro-financement pour transfuges nord-coréens, connaît de nombreuses histoires similaires. Comme celle de cet homme qui avait ouvert une supérette, fermée rapidement à cause du propriétaire de la franchise qui l’exploitait.

Mais même si la vie est parfois rude, ces transfuges ne regrettent pas leur décision. «Les gens ne peuvent pas gagner d’argent en Corée du Nord, peu importe à quel point ils travaillent. Maintenant que j’ai goûté au capitalisme en Corée du Sud, je ne pourrais pas endurer ça. Je ne pourrais pas y retourner», explique Park Jina, ancienne docteur en hôpital et maintenant propriétaire d’une clinique de médecine traditionnelle.

Depuis la séparation des deux Corées après la Seconde guerre mondiale, les identités culturelles se sont éloignées. Aujourd’hui, de moins en moins de Sud-Coréens se souviennent du pays unifié. Les résultats d’un sondage réalisé en 2012 par l’Asan Institute montraient que les Sud-Coréens interrogés voyaient pour 33% la Corée du Nord comme voisin, 32% comme «l’un des nôtres» et 19% comme un ennemi. Un résultat toutefois en progrès puisqu’en 2011, ils étaient 22% dans ce cas. 

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