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Arrêtez de qualifier la proposition russe de «solution» pour la Syrie!

Joshua Keating, mis à jour le 31.10.2013 à 16 h 51

Le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov à Moscou, le 10 septembre 2013. REUTERS/Maxim Shemetov.

Le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov à Moscou, le 10 septembre 2013. REUTERS/Maxim Shemetov.

On peut lire ces jours-ci un nombre incroyable de titres présentant de manière racoleuse la proposition d’accord russe pour que le gouvernement de Bachar el-Assad se sépare de ses armes chimiques comme une «solution» pour la crise en Syrie, ou même pour le «conflit en Syrie».

D’accord, il s’agit de raccourcis journalistiques. Mais ce qui s’est passé le 9 septembre (que l’on y voit une opportunité inattendue de sauver la face pour les Etats-Unis, l'espoir d'un miracle diplomatique ou le scénario d’un futur épisode de la série Veep) n’était une solution pour la Syrie que si vous considérez qu’utiliser le mot «Syrie» est un raccourci pour parler de la façon dont l’administration Obama s’est retrouvée dans une situation où elle se sent forcée de bombarder un pays qu’elle n’a vraiment aucune envie de bombarder.

Le bilan provisoire est toujours d’au moins 100.000 morts, plus de 2 millions de réfugiés, une brutalité qui ne fait qu’augmenter des deux côtés et un conflit violent qui est en train de s’étendre aux pays voisins. Comme pour saluer l’avènement d’une nouvelle étape dans le conflit, l’armée syrienne a bombardé des positions rebelles à Damas mardi matin à peu près au moment où le gouvernement américain annonçait son soutien à la proposition russe.

Je sais que la ligne rouge dont tout le monde parle était l’utilisation d’armes chimiques et non la catastrophe humanitaire, mais on est peut-être en train d’entrer dans une phase du conflit où la communauté internationale est impliquée à un degré bien plus élevé qu’auparavant mais évite scrupuleusement toute décision pour faire cesser les violences non-chimiques.

En mettant de côté la difficulté de vérifier si la Syrie se conforme au plan et se met vraiment à rassembler des produits chimiques dangereux au milieu d’une zone de guerre, qu’en sera-t-il de la crédibilité des Etats-Unis, de ses alliés comme la France et des Nations unies (à qui l’on a donné tant d’importance dans la préparation d’une possible frappe aérienne) si nous détournons activement le regard des atrocités commises avec des armes conventionnelles tout en se lançant dans une action internationale pour retirer des armes responsables de moins de 1% des victimes de cette guerre (ce qui, au passage, nécessiterait sans doute des troupes au sol)?

Il y a eu beaucoup de débats ces deux dernières semaines sur la pertinence de prendre le Kosovo comme précédent historique, mais Srebrenica est sans doute le dossier qu’il faudrait ressortir des armoires.

Tout cela pour dire que l’administration Obama va peut-être réussir à sortir de l’impasse politique et que la Syrie va peut-être disparaître progressivement de la une des journaux pendant un temps. Mais rien n’est réglé. Et même si des frappes aériennes imminentes semblent bien moins probables aujourd’hui qu’il y a une semaine, les Etats-Unis se feront presque assurément rattraper par le conflit.

Joshua Keating

Traduit et adapté par G.F.

Joshua Keating
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