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Des parents abandonnent leurs enfants adoptés sur Internet, au profit des pédophiles

Depuis 2006, Nicole Eason "récupère" des enfants abandonnés sur internet. REUTERS/Samantha Sais

«Lorsque qu’une fille originaire du Libéria s’est avérée trop difficile à gérer, ses parents ont posté une annonce sur Internet, et l’ont laissée à un couple d’inconnus. Quelques jours plus tard, la jeune fille avait disparu.»

C’est ainsi que démarre l’enquête, accablante, publiée par Reuters le 9 septembre. Elle révèle que plusieurs parents américains passent par des forums sur Facebook ou Yahoo pour abandonner les enfants adoptés dont ils ne veulent plus s’occuper.

C’est ce qui est arrivé à Quita, la jeune libérienne, en 2008. En deux jours, sa mère adoptive, qui ne la supportait plus, avait trouvé preneurs. Le problème, c’est que la nouvelle famille d’accueil de Quita était un couple de pédophiles avec de lourds «problèmes psychiatriques» et des «penchants violents».

L’histoire est terrifiante, mais elle n'est pas isolée: de 2007 à 2012, la journaliste Megan Twohey a mené une large enquête, analysant plus de 5.000 posts en ligne. Avec en moyenne une nouvelle annonce par semaine, il s'agit d'un marché clandestin à part entière.

Rien que sur Yahoo, 261 enfants ont été mis sur le marché. La plupart d’entre eux avaient entre 6 et 14 ans au moment de la «transaction», le plus jeune était âgé de dix mois.  

Dans les annonces, les parents se plaignent souvent du comportement violent ou inapproprié de leur enfant adoptif. Ils souhaitent s’en séparer, mais refusent de contacter les services sociaux, de peur que ces derniers ne les accusent de négligence. La solution la plus facile, la plus rapide et la moins chère reste donc l’adoption officieuse, relayée par Internet.

«J’ai honte de le dire, mais je déteste vraiment ce garçon», écrit une mère en 2012. «Nous avons adopté une petite fille chinoise de huit ans… Malheureusement, cinq jours après être rentrés chez nous, nous commençons à avoir des difficultés», se plaint un autre parent.

Or, suite à leur changement de famille d’accueil, nombre de ces enfants se sont retrouvés entre de mauvaises mains, et ont subi des violences: une jeune Chinoise raconte ainsi avoir été forcée à creuser sa propre tombe. Une Russe, qui a été «adoptée» trois fois en l’espace de six mois lorsqu’elle avait 13 ans, raconte qu’un jeune homme lui a uriné dessus après avoir eu des rapports sexuels avec elle.

Les exemples sont nombreux. Pourtant, selon Reuters, les parents -que ce soit ceux qui abandonnent un enfant ou ceux qui le récupèrent- sont rarement condamnés. Nicole Eason, la femme qui avait recueilli Quita, a ainsi hébérgé six enfants depuis 2006. En août dernier, Megan Twohey lui a demandé au cours d’une interview si elle comptait recommencer.

«Oui, a-t-elle répondu. Il y a des enfants dans ma chambre.»

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