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Le président iranien a-t-il vraiment envoyé un tweet pour Roch Hachana?

Maïlys Masimbert, mis à jour le 06.09.2013 à 10 h 48

Iran Twitter Flag / to the People All Power via FlickrCC License by

Iran Twitter Flag / to the People All Power via FlickrCC License by

Pour Roch Hachana, le nouvel an juif, le nouveau président iranien Hassan Rohani s’est fendu d’un petit tweet qui aurait pu passer inaperçu:

«Alors que le soleil est sur le point de se coucher ici à Téhéran, je souhaite à tous les Juifs, et plus particulièrement ceux d’Iran, un heureux Roch Hachana.»

Il ne l’a pas été pour deux raisons:

Raison 1: Le possesseur du compte twitter ne s’est pas contenté de l’adresser aux seuls Juifs d’Iran. Et encore, c’aurait déjà été quelque chose. La communauté juive iranienne, autrefois la plus importante de tout le Moyen Orient et aujourd’hui réduite à moins de 9.000 personnes selon un recensement de 2012, est devenue une «minorité religieuse» aux droits limités, note MSNBC.

Non, ce qui fait vraiment la différence, c’est la référence à «tous les Juifs» remarque le Washington Post. Parce que lorsqu’un président iranien parle des Juifs, on pense automatiquement à Israël. 

«Compte tenu de l’hostilité de longue date qui existe entre Iran et Israël, et des années d'un discours officiel iranien condamnant Israël avec un langage souvent antisémite, il y a quand même un changement.»

Le raccourci «Juifs donc Israël» n’est «pas très habile» reconnaît le Washington Post, mais il n’en est pas moins inévitable au vu des relations entre les deux pays. On pense aux menaces de guerre annuelles proférées par l’Iran à l’encontre d’Israël, aux appels de Mahmoud Ahmadinejad, précédent président iranien, à «rayer Israël de la carte» ou encore à ses propos négationnistes sur la Shoah.

Le tweet de Hassan Rohani dénote donc avec le discours que la communauté internationale avait l’habitude d’entendre. Une bonne résolution qui ne semble pas dater de Roch Hachana, puisque ce nouveau président fustigeait déjà, pendant les élections de juin dernier, les propos tenus par son prédécesseur envers les Juifs, les qualifiant de «rhétorique de la haine» selon le Jerusalem Post.

Raison 2: Personne n’a la certitude que ce compte Twitter est vraiment celui du Président. Il n’a jamais été reconnu par Rohani lui-même. D’après la BBC, un journaliste de la «semi-officielle» agence de presse iranienne Fars aurait même eu la confirmation par un porte-parole du gouvernement: «M. Rohani n’a pas de compte Twitter.»

Selon lui, et d'après le International Business Times, le compte pourrait être géré par des partisans de Rohani, «actifs sur le cyberespace pendant la récente campagne présidentielle en Iran, en utilisant des noms de pages web similaires ou proches de M. Rohani (son nom) pour mener à bien leurs activités.» Des supporters qui pourraient toutefois «continuer leurs opérations, même après les élections», admet le porte-parole.

Les journaux occidentaux restent quant à eux assez sceptiques sur la véracité de ce démenti. D’abord parce que le même porte-parole n’a pas dit que les tweets postés sur ce compte «ne représentaient pas les idées de Rohani» et qu’un autre assistant du président aurait confié à CNN:

«Si le président ne tweete pas depuis son compte, des personnes dans son bureau le font, c’est semi-officiel.»

Ensuite parce que ce serait sans doute malvenu pour un président de reconnaître utiliser des services bloqués pour le reste de la population. L’hypothèse avancée par la BBC: si les messages envoyés (plus de 50 tweets par jour quand même) sont le fait de collaborateurs de Rohani, cela lui laisse la possibilité de «nier officiellement les messages qui sont sujets à polémiques.»

Et apparemment celui de Roch Hachana ne l’était pas.

Maïlys Masimbert
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