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Syrie: pourquoi il est important de déclarer la guerre avant de la faire

Caroline Piquet, mis à jour le 05.09.2013 à 17 h 36

Yannick Vernet via Flickr CC BY 2.0

Yannick Vernet via Flickr CC BY 2.0

John Sides, dans le blog The Monkey Cage, signe une tribune dans laquelle il rappelle l’importance de la déclaration de guerre, question qui semble passer à la trappe à cause de la focalisation sur le vote éventuel d’une résolution par le Congrès américain. Aujourd’hui obsolète, voire taboue, la déclaration de guerre a pourtant joué un rôle essentiel dans l’histoire des relations internationales.

Historiquement, les déclarations de guerre -avec l’envoi solennel d’une lettre du pays attaquant au pays attaqué- avaient notamment pour fonction d’ouvrir les discussions entre les deux parties, avant d’en venir aux armes. John Sides prend l’exemple de Rome, qui formulait par écrit sa liste de revendications. Le pays visé avait un mois pour s’y conformer, et un débat s’engageait par ambassades interposées. En cas d’échec des pourparlers, Rome se déclarait en état de guerre, et faisait couler le sang.

Cette façon de concevoir la déclaration de guerre, insiste Sides, répond à deux intuitions morales: le débat public préalable entre pays belligérants est le propre d’un comportement civilisé en matière de relations internationales.

La seconde, plus moderne, défend le droit des pays neutres à exercer une influence, voire à intervenir directement dans le cas où leurs propres intérêts sont en jeu. Ces deux principes, rappelle-t-il par ailleurs, sous-tendent la Convention de La Haye de 1907, relative à l’ouverture des hostilités.

Quel lien avec la question syrienne? Sides pose les interrogations suivantes: l’administration Obama a-t-elle posé clairement des exigences qui offrent à Bachar Al-Assad les moyens d’éviter une attaque? Ses revendications sont-elles ouvertes au débat, avec Assad ou des pays neutres? Si cela est le cas, alors la Maison Blanche a bel bien déclaré la guerre dans le respect de l’esprit de la loi internationale.

Deuxièmement, cette question permet de centrer le débat non pas sur «qui déclare la guerre» (le Congrès ou le Président), mais «pourquoi la guerre est déclarée» ajoute le professeur de Sciences politiques à l’Université George Washington.

Dernier point: le refus de déclarer formellement la guerre à la Syrie s’inscrit dans la droite lignée de l’histoire américaine. Les Etats-Unis ont systématiquement établi des déclarations de guerre dans les formes, motivées et sous conditions, contre des états blancs, généralement européens. Par contraste, les conflits avec des pays ou des peuples non occidentaux (Vietnam, Irak, ou Indiens d’Amérique par exemple) ont rarement été menés à partir d’une déclaration de guerre officielle. Aujourd’hui, en refusant de discuter publiquement avec la Syrie, les Etats-Unis poursuivent cet héritage de dénigrement des peuples non-occidentaux.

Caroline Piquet
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