Les psychotropes ne sont pas assez efficaces, mais on ne sait pas par quoi les remplacer

Une plaquette d'antidépresseurs. REUTERS/Bogdan Cristel

Une plaquette d'antidépresseurs. REUTERS/Bogdan Cristel

On vous le disait déjà en août, les médecins prescrivent trop d’antidépresseurs. Surtout aux Etats-Unis, où tout le monde consomme des neuroleptiques. «Les médicaments psychotropes sont devenus une marchandise comme une autre, que les consommateurs ont appris à accepter, voire à apprécier, de la même manière que les grosses voitures ou les chips au fromage» nous dit désormais le New Yorker. Et ce, malgré notre incompréhension totale de leur fonctionnement: si ces médicaments marchent (parfois), les scientifiques sont à ce jour incapables de dire pourquoi, ou comment.

Or, l’industrie pharmaceutique commence à se décourager. «Nous sommes face à une crise», déplorait ainsi le psychiatre Richard A. Friedman, le 19 août dernier, dans le New York Times.

«Les médicaments disponibles sur le marché laissent à désirer: des patients atteints de maladies comme la schizophrénie, la dépression sévère ou la bipolarité, ne trouvent souvent pas les effets recherchés dans ces médicaments, ou sont incapables de tolérer leurs effets secondaires.»

Ces dernières années, la plupart des entreprises pharmaceutiques ont donc accordé de moins en moins d’importance à leurs départements de recherche en neuroscience. Des essais cliniques ont été interrompus, et la recherche de nouveaux psychotropes est à l’arrêt. Bref, «l’industrie pharmaceutique ne croit plus au mythe qu’elle a passé tant de temps à créer».

En effet, la plupart de ces psychotropes ont été découverts par accident. Or, le problème de la sérendipité, c’est qu’il manque à ces médicaments une théorie solide, permettant de justifier leur efficacité -ou leur inefficacité, dans de nombreux cas.

Pendant longtemps, ces découvertes accidentelles poussaient à croire que la dépression et les autres troubles mentaux étaient liés à un déséquilibre entre certains neurotransmetteurs, autrement dit, à un problème uniquement physique. Une théorie plutôt pratique, bien que réductrice, selon le New Yorker:

«Malgré leur incapacité à comprendre comment fonctionnent les psychotropes, les docteurs continuent de dire à leurs patients que leurs problèmes viennent d’un déséquilibre chimique dans leur cerveau. [...] Cette explication rassure les patients tout en les incitant à consommer ces médicaments, et cela colle parfaitement avec notre idée selon laquelle les docteurs doivent trouver et détruire tous les maux chimiques responsables de nos souffrances à la fois physique et mentale. Cette théorie n’a peut-être aucun fondement scientifique, mais comme mythe, elle est redoutablement efficace». 

Aujourd’hui, l’industrie pharmaceutique doit trouver de nouvelles solutions. Mais après plusieurs décennies de dépendance aux médicaments psychotropes, elle ne sait pas par où commencer.

Dans le New York Times, Richard A. Friedman conclut ainsi son appel à l’aide: «si nous voulons trouver de meilleures solutions médicales pour les maladies mentales qui perturbent et détruisent tant de vies, nous devons accepter une vérité simple: il n’y aura pas d’innovation sans prise de risque, financière ou médicale.»

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