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Le Royaume-Uni a autorisé la vente de gaz chimique à la Syrie

Slate.fr, mis à jour le 01.10.2013 à 11 h 58

Un expert de l’ONU en armes chimiques près de Damas le 29 août 2013, REUTERS/Mohamed Abdullah

Un expert de l’ONU en armes chimiques près de Damas le 29 août 2013, REUTERS/Mohamed Abdullah

Alors que la communauté internationale débat autour des responsabilités de l’attaque au gaz chimique qui a eu lieu le 21 août dans la banlieue de Damas, le journal écossais The Sunday Mail a affirmé dimanche 1er septembre que le Royaume-Uni a validé la vente de fluorure de sodium et de potassium, deux produits pouvant servir à la fabrication de gaz neurotoxique, à la Syrie.

Selon le journal, les licences d’exportation ont été données par le département du commerce du ministre Vince Cable en janvier 2012, soit 10 mois après le début du soulèvement syrien, et ont été révoquées au bout de six mois quand l’Union européenne a mis en place des sanctions plus sévères contre le régime d’Assad.

L’information a poussé plusieurs députés écossais à demander des explications au gouvernement britannique. Le chef de file du Scottish National Party au Parlement, Angus Robertson, a ainsi déclaré:

«C’est de l’hypocrisie totale de la part du gouvernement, qui déplore l’utilisation d‘armes chimiques en public et approuve la vente de matériaux nécessaires à leur fabrication.»

Le gouvernement n’a pas tardé à démentir, déclarant que les licences ont été délivrées pour les deux substances dans le but de fabriquer des parties de douche en aluminium et du dentifrice. La BBC cite un porte-parole du département du Commerce:

«Les entreprises exportatrices et destinataires ont prouvé que les produits chimiques étaient destinés à une utilisation civile légitime […]. Les licences ont été révoquées après la révision du régime de sanctions qui est entrée en vigueur le 17 juin 2012, avant que les produits ne soient exportés.»

Mais ces précisions n’ont pas fait taire les critiques, qui pointent du doigt les failles du système de contrôle des exportations d’armes. Le député travailliste Thomas Docherty a déclaré:

«C’est un cas de laxisme à couper le souffle. Le gouvernement a beaucoup de chance que les produits n’aient finalement pas été envoyés en Syrie.»

Selon le journal The Independent, «les services de renseignement occidentaux suspectent depuis longtemps le régime syrien d’utiliser des entreprises-écran pour détourner des produits à double-usage importés dans un but industriel puis intégrés à son programme d’armement.»

La Suisse a ainsi révélé lundi que le régime de Damas avait tenté à quatorze reprises au cours des quinze dernières années d’approcher des fabricants suisses par le biais de sociétés écrans pour l’exportation de matériel sensible, rapporte Le Monde. Toutes ces demandes ont été rejetées.

En France, un tel couac aurait peu de chances de sortir dans la presse: les ONG spécialisées pointent souvent du doigt l’opacité des exportations françaises et le manque d’informations fournies par le gouvernement français à ce sujet, prenant comme exemple la meilleure transparence britannique.

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