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Info Slate.fr: le plan d'attaque français contre le régime syrien

Eric Le Boucher, mis à jour le 30.08.2013 à 18 h 51

La «punition» contre le régime syrien consisterait en des frappes aériennes sur les lanceurs d'armes chimiques, mais pas sur les dépôts de munitions. Gênée par le refus anglais, la France souhaite élargir le consensus sur une intervention.

François Hollande lors de la conférence des ambassadeurs, le 27 août 2013. REUTERS/Kenzo Tribouillard/Pool.

François Hollande lors de la conférence des ambassadeurs, le 27 août 2013. REUTERS/Kenzo Tribouillard/Pool.

La «punition» contre le régime de Damas dont a parlé François Hollande se concrétiserait par des frappes aériennes uniquement contre les lanceurs d’armes chimiques, selon une source ministérielle à Paris. Les dépôts de munitions chimiques seraient épargnés pour ne pas provoquer des explosions incontrôlables. Les militaires de la force de coalition éventuelle croient savoir avec précision où ces dépôts se situent.

Il n’est donc pas question de frapper toute l’armée syrienne, comme on a pu le faire contre celle de Saddam Hussein en Irak et celle de Kadhafi en Lybie. François Hollande est d'ailleurs explicite dans son interview au Monde.

Il s’agit bien d’une «punition», selon le mot du président français, ou d’«un coup de semonce», selon le président américain («a shot above the bow»), pour marquer le coup contre l’emploi d’armes chimiques par Bachar el-Assad, notamment le 21 août, qui a fait sans doute un millier de morts. Les Occidentaux ne veulent pas détruire l’aviation syrienne, ses chars, ses centres de commandement —une destruction qui changerait à coup sûr les rapports des forces sur le terrain—, ils veulent seulement rappeler que les armes chimiques sont une «ligne rouge» pour la communauté internationale.

Les tirs étaient prêts pour le samedi 31 août, mais ils seront très probablement différés à cause du veto du Parlement britannique à l'intervention. Les travaillistes ont dit «non» à David Cameron pour effacer la participation du gouvernement de Tony Blair aux attaques contre Saddam Hussein aux côté de George W. Bush. Les difficultés et les échecs de l’intervention en Irak ont coûté cher à l'ancien Premier ministre travailliste et Ed Miliband, le leader actuel du Labour, entendait bien réhabiliter son parti auprès d’une opinion très réticente et très sceptique sur les bienfaits de ce genre d’opération dans le monde arabe.

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a passé beaucoup de temps au téléphone jeudi pour convaincre Ed Miliband d’adoucir sa position et de ne poser que des exigences surmontables à David Cameron devant les Communes. Car si Londres n’y va pas, Paris peut y aller —François Hollande le dit— mais intervenir seul au côté de Washington sera interprété comme l’envers du cas britannique: le gouvernement français se moque lui à la fois de son Parlement et de l’Onu. Et si l’Amérique seule intervient, l’Europe fera une nouvelle fois preuve de pusillanimité et d’impuissance.

Il faut donc prendre du temps et ouvrir juridiquement le passage. Cela signifie élargir le consensus sur une frappe, proposer une résolution à l’Onu et bien marquer qu’il aura été fait «tous les efforts» pour la faire adopter. Il faudra aussi que les experts en mission en Syrie viennent très rapidement devant le Conseil de sécurité pour dire ce qu’ils ont vu: là aussi, cela pourrait juridiquement suffire. Tout cela peut prendre une semaine ou dix jours.

Eric Le Boucher

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Cofondateur de Slate.fr
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